Comment forcer le monde entier à adopter Tor sans qu'il ne pleure
Sur le forum officiel, des internautes cherchent désespérément à convertir le monde à Tor. Une mission impossible entre mauvaise réputation et aversion totale pour l'effort.

Au Courrier de l'Oignon, nous aimons les défis impossibles, comme essayer de vendre un costume en poils de hérisson à un fakir. Sur le forum officiel du projet Tor, un membre s'est pourtant lancé dans une quête encore plus ardue : convertir le tout-venant à l'anonymat en ligne. Après tout, puisque la surveillance de masse est une réalité documentée depuis une décennie, pourquoi mamie rechigne-t-elle encore à chiffrer ses e-mails de recettes de cuisine ? C'est le grand drame des défenseurs de la vie privée : tout le monde veut de la sécurité, pourvu que cela ne demande aucun effort et que cela n'ait pas l'air d'un complot ourdé dans une cave.
Face au mur de l'indifférence générale, les participants ont rivalisé de propositions psychologiques et stratégiques. La méthode la plus redoutable suggérée pour briser la fameuse défense du « je n'ai rien à cacher » consiste simplement à demander au récalcitrant l'accès libre à son smartphone, à son portefeuille et à sa vie privée à domicile. Curieusement, la notion de cachette refait surface instantanément. D'autres contributeurs pointent du doigt un problème de image de marque : l'interface et le nom même de Tor souffrent d'une réputation sulfureuse de « web sombre », tandis que le grand public se contente de la navigation privée de Google par pur réflexe marketing.
Les discussions se sont également aventurées sur le terrain épineux des finances et de la technique pure. Entre un budget publicitaire ridicule comparé aux géants de la Silicon Valley et la peur panique que le réseau s'effondre si la moitié de la planète décidait de débarquer d'un coup, l'optimisme vacille. Certains suggèrent d'adoucir le ton des messages d'erreur pour rendre l'expérience plus chaleureuse, tandis que d'autres rappellent que même des applications comme Signal peinent à retenir les foules sur la durée après un sursaut d'intérêt médiatique. Bref, persuader le monde de lever les yeux de son flux publicitaire pour regarder ses propres données reste un sport de combat.

