Comment jauger le despotisme à l’aide d’un thermomètre pédagogique de 1946
En 1946, des pédagogues ont passé dix-huit mois à concevoir un thermomètre pour mesurer le despotisme. Une archive délicieusement vintage tout droit sortie des tiroirs.

Dans le vaste catalogue des curiosités que l’histoire de l’éducation nous a léguées, il y a des perles qui méritent qu'on s’y attarde. Prenez donc cette notice exhumée des archives, consacrée à un film éducatif de 1946 intitulé sobrement « Despotism ». Produit par la prestigieuse Encyclopaedia Britannica Films avec l'aide de sommités universitaires, ce chef-d'œuvre pédagogique avait pour ambition folle de classer l'ensemble des sociétés humaines sur une échelle allant de la démocratie la plus pure au despotisme le plus reculé. Rien que ça pour détendre l'atmosphère avant le cours de géographie.
Pour y parvenir, les concepteurs de l'époque n'ont pas lésiné sur la méthodologie scientifique. D'après les détails de la page, un comité d'éducateurs a tout de même débattu pendant dix-huit mois répartis sur soixante-quinze conférences pour réussir à s'entendre sur les définitions exactes. Le résultat de cette titanesque tergiversation ? Deux indicateurs implacables : l'échelle du respect de l'individu et l'échelle de la concentration du pouvoir. Le tout matérialisé à l'écran par une sorte de thermomètre animé du plus bel effet, idéal pour évaluer la santé politique de votre commune un mardi après-midi.
Le synopsis nous apprend également que le film examine des critères tels que la distribution économique, le contrôle des agences de communication ou la fiscalité. Loin des clichés patriotiques bien lisses de l'époque, l'objet filmique prend un malin plaisir à bousculer ses jeunes spectateurs en suggérant que le système américain n'est peut-être pas le sommet absolu de la démocratie universelle. On imagine sans peine la mine réjouie des élèves découvrant qu'un mauvais contrôle des flux d'information les rapproche dangereusement du régime autoritaire voisin.
Aujourd'hui versé dans le domaine public et stocké bien au chaud pour la postérité, ce vénérable objet de propagande bienveillante se savoure comme une capsule temporelle délicieuse. Il témoigne d'une époque où l'on croyait encore fermement qu'un graphique bien tracé et quelques rouages géopolitiques expliqués par voix off suffiraient à sauver le monde de la tyrannie. Une trouvaille réjouissante qui prouve que le web profond sait parfois exhumer les leçons de morale les plus surannées avec un sens du timing parfait.


