Comment la Caroline du Nord a transformé la poix en étiquette d'honneur
Une page historique figée en 1998 explore l'origine du fameux surnom des habitants de la Caroline du Nord. Quand la colle des forêts devient une affaire d'honneur militaire.

Le Courrier de l'Oignon plonge cette semaine dans les strates les plus curieuses du Web profond avec une page dédiée au 1st North Carolina Cavalry. Loin des mystères contemporains, ce vestige textuel daté de mars 1998 s'attaque à une question cruciale : d'où vient le terme 'Tarheel', ce sobriquet célèbre désignant les natifs de la Caroline du Nord ? L'article nous apprend que tout part d'une réalité forestière très terre à terre. À l'époque des voiliers en bois, l'État était le champion incontesté de l'exportation de poix, de goudron et de térébenthine. Les jeunes gambadant pieds nus dans les bois finissaient immanquablement par ramener du goudron collé sous la plante des pieds. Voilà nos ancêtres piégeurs de conifères transformés en étiquette vivante.
Mais l'histoire prend une tournure délicieusement sarcastique au moment de la guerre de Sécession. Initialement, le terme était utilisé comme une raillerie par les troupes voisines pour moquer la réticence supposée de l'État à faire secession. Les taquineries allaient bon train, suggérant d'acheter tout le goudron disponible pour le coller aux talons des récalcitrants afin qu'ils ne puissent plus s'enfuir. Heureusement, l'esprit de répartie n'était pas en reste chez les intéressés, prêts à renvoyer leurs adversaires dans les cordes à la moindre escarmouche perdue.
Il faudra attendre 1864 et un discours du gouverneur Vance pour que l'insulte devienne enfin un titre de gloire officiel. En s'adressant aux troupes sans trop savoir comment les nommer, il trancha net en les qualifiant fièrement de 'Tarheels'. La page archive également les exploits de la cavalerie locale et rappelle avec un brin de malice la devise officieuse de ces combattants opiniâtres : les premiers à Bethel, les plus avancés à Gettysburg et les derniers à Appomattox. Une capsule temporelle parfaitement inoffensive qui sent bon la résine de pin et la poussière d'archives.


