Des frissons d'outre-tombe servis sur un plateau d'archives
Quand les mystères poussiéreux du XIXe siècle s'invitent sur les réseaux obscurs pour vous raconter des histoires de fantômes, l'angoisse devient soudain mélodieuse. Une trouvaille littéraire aussi ancienne qu'inattendue.

Le Courrier de l'Oignon a toujours eu un faible pour les vieilleries qui sentent le renfermé, surtout quand elles décident de réapparaître là où on ne les attend pas. En fouinant dans les recoins les plus cryptiques du réseau Tor, nos fins limiers sont tombés sur une capsule temporelle auditive tout droit sortie de 2010, mais abritant des textes bien plus vénérables. Il s'agit ni plus ni moins du premier volume de la fameuse anthologie de Julian Hawthorne publiée à l'origine pour compiler les meilleures fictions mystérieuses et criminelles de la planète. Autant dire que pour tromper l'ennui d'un dimanche après-midi pluvieux, on a vu pire.
Ce premier tome, gracieusement lu par des bénévoles anonymes pour la plateforme LibriVox et hébergé sur les miroirs de nos grands ancêtres du Web, concentre la crème de la littérature américaine de l'épouvante et du suspense. On y croise du beau monde, à commencer par Edgar Allan Poe et ses obsessions dorées, Ambrose Bierce et ses serpents venimeux, ou encore Washington Irving qui revisite ses classiques avec une délectation toute gothique. Chaque piste audio promet son lot de sueurs froides, le tout saupoudré de cette petite griffe surannée qui caractérise les traductions et adaptations de la fin du XIXe siècle.
Le plus savoureux dans cette affaire réside dans le contraste entre la modernité des protocoles d'anonymat et le contenu délicieusement suranné de ces récits macabres. Point de complot intergalactique ni de promesses fallacieuses ici, juste des spectres, des crimes mystérieux et des machinations d'un autre temps proposés en téléchargement libre. C'est l'occasion rêvée pour les amateurs de frissons littéraires de réviser leurs classiques entre deux vérifications de certificats de sécurité. Après tout, les fantômes n'ont jamais eu besoin d'une connexion haut débit pour hanter les esprits.


