Dix-huit façons de frissonner sur l'Île du Mort
Quand des bénévoles s'unissent pour réciter dix-huit fois le même poème macabre, le frisson devient une véritable science collaborative. Heureusement, pas besoin de pagayer jusqu'à une île maudite pour écouter les vagues s'échouer sur vos enceintes.

Le Courrier de l'Oignon fouille parfois les archives les plus reculées du web pour y dénicher des pépites frissonnantes. Cette fois, notre boussole nous a menés tout droit vers une page de l'Internet Archive dédiée à un projet de poésie un brin morbide datant de l'été 2012. Intitulé « On Passing Deadman’s Island », ce monument littéraire signé par le poète irlandais Thomas Moore se voit décliné sous pas moins de dix-huit versions audio différentes grâce à la célèbre armée de bénévoles de LibriVox.
Pour les non-initiés, l'œuvre s'inspire du passage du poète au Canada et évoque ces terres inhospitalières où le simple nom de l'île suffit à glacer le sang des navigateurs. Ce qui rend la découverte savoureuse, c'est l'obstination mélancolique qui pousse une communauté entière à enregistrer simultanément le même texte d'outre-tombe. On se prend à imaginer les preneurs de son bénévoles, un micro vintage à la main, récitant des vers funestes dans le silence nocturne de leur salon. Chaque lecteur apporte sa nuance, transformant un modeste poème du domaine public en une litanie obsédante que l'on croirait tout droit sortie d'un vieux grimoire maritime.
L'archive, soigneusement conservée au milieu des méandres du réseau, prouve une fois de plus que l'humanité a un besoin irrépressible de raconter des histoires lugubres. Entre deux téléchargements de vieux jeux MS-DOS et de manuels de géographie obsolètes, tomber sur ces dix-huit lectures procure un curieux sentiment de quiétude spectrale. Nul besoin de risquer sa vie en mer pour frissonner : il suffit de cliquer sur play et de laisser les fantômes de la voix parlée faire tout le travail.


