Du sang, de la glace et un Nobel : quand Internet exhume les spectres scandinaves
Le réseau Tor cache parfois des classiques de la littérature où les fantômes côtoient des massacres du XVIe siècle. Heureusement qu'Internet est là pour ranger nos frissons dans des boîtes numériques.

Amis de la dentelle macabre et des frissons venus du Grand Nord, réjouissez-vous ! En fouinant dans les replis numériques accessibles depuis notre réseau favori, voilà que ref surface une pépite littéraire tout droit sortie de 1904. Il s'agit de l'adaptation audio d'un roman de Selma Lagerlöf, première femme à avoir décroché le prix Nobel de littérature en 1909. Ne cherchez pas de poudres de perlimpinpin ou de complots intergalactiques : ici, on fait dans le meurtre de grand chemin et le fantôme persistant, le tout certifié sans OGM ni publicité ciblée.
L'histoire se déroule dans la Suède du XVIe siècle, une époque où l'on ne plaisantait ni avec le lard ni avec l'argenterie. Un brave prêtre et toute sa maisonnée se font proprement massacrer par des soudards en quête d'un trésor. Seule rescapée de ce joyeux carnage, la jeune Elsalill se jure de retrouver les assassins. Le petit twist romantique et délicieusement tordu, c'est qu'elle tombe amoureuse de l'un des criminels qu'elle est censée trahir. Ajoutez à cela un chien nommé Grim et le spectre de la sœur adoptive qui vient hanter les couloirs, et vous obtenez le cocktail parfait pour les longues soirées d'hiver où l'on préfère rester blotti sous un plaid plutôt que d'affronter la réalité.
L'archive, gracieusement mise en ligne via le catalogue de lectures bénévoles LibriVox et hébergée sur les vénérables serveurs que l'on sait, nous propose d'écouter les dix chapitres de cette tragédie givrée. Lus d'une voix neutre par un lecteur dévoué, ces quelque deux heures et quarante minutes de balade sur la côte ouest suédoise nous rappellent que les tourments de l'âme humaine traversent les siècles sans prendre une seule ride. C'est gratuit, c'est du domaine public, et cela prouve une fois de plus que les profondeurs du Web savent parfois se montrer étrangement cultivées.


