Emacs a-t-il encore 35 ans de vestiaire ?
À l'occasion de MiniDebConf India 2021, une session publique a été organisée pour discuter de la survie à long terme de GNU Emacs, éditeur de texte mythique. Les organisateurs, sérieux comme un prieuré, ont posé la question avec une gravité qui frôle le comique : un logiciel a-t-il une âme, et peut-on lui éviter la mort naturelle ?

Lors de MiniDebConf India 2021, une session intitulée « BoF: GNU Emacs: Will it survive another 35 years? » a été organisée avec une solemnité digne d'un conseil d'administration de fondation. Les speakers — Ambady Anand, S Abraham Raji, Gokul Das B, et prabhat — se sont réunis pour discuter non pas de bugs ou de correctifs, mais de l'existence même d'Emacs dans 35 ans. L'éditeur de texte, né en 1976, a déjà dépassé l'âge de la retraite numérique, et pourtant, il est toujours debout, comme un chêne dans un jardin de logiciels éphémères.
Les points de discussion incluaient des questions existentielles : « Pourquoi aimons-nous Emacs ? », « Comment l'utilisons-nous ? », et « Comment garantir sa survie ? ». Une question, en particulier, a retenti comme un appel au devoir : « Taking control of life using Emacs ». Comme si Emacs n'était pas un outil, mais un mode de vie, une philosophie de l'autonomie numérique. Les participants ont évoqué son lien avec Debian, son rôle dans la culture libre, et la nécessité de transmettre ce savoir-faire.
Il est difficile de ne pas sourire devant cette préoccupation : un éditeur de texte qui devrait faire l'objet de plans de succession. Pourtant, derrière l'humour, il y a une réalité : Emacs est l'un des rares logiciels à avoir résisté à quatre décennies de modes, d'interfaces graphiques et de tendances. Il a survécu aux éditeurs modernes, aux IDE, aux cloud, et même à la mort de son créateur, Richard Stallman. Et si son salaire venait à être un jour versé, ce serait probablement en LISP.
La session, d'une durée de 45 minutes, s'est tenue dans la salle Rex, un nom qui évoque à la fois un roi et un animal de compagnie. Peut-être que c'était une prédiction : Emacs, le roi des éditeurs, survivra-t-il ? La réponse, comme toujours dans le monde libre, dépend de la communauté. Et si cette communauté continue d'écrire des lignes de code comme des poèmes, alors oui, Emacs aura probablement encore 35 ans — du moins, le temps que quelqu'un le remplace par un éditeur plus simple, plus rapide, et moins exigeant en matière de configuration.


