Entre philosophie et filets de grouper : le manifeste total de Deep-Swarm
Un ermite numérique du réseau Tor se confie sur sa passion pour la poésie romantique, son horreur absolue des supermarchés et sa haute exigence en matière de crustacés vivants. Une plongée fascinante dans les méandres d'un site personnel totalement hors sol.

Le Courrier de l'Oignon n'hésite jamais à explorer les recoins les plus singuliers du Web chiffré, quitte à tomber nez à nez avec des odyssées intérieures d'une ambition démesurée. Sur le domaine de Deep-Swarm, l'auteur autoproclamé Xenine nous convie à une visite guidée de son esprit, orchestrée selon un minimalisme textuel strict. Point de paillettes ni d'interface surchargée, mais une immense cathédrale de notes, de poèmes et de listes de lecture où chaque détail compte, depuis l'agencement de minéraux près d'un clavier mécanique jusqu'aux sommets enneigés des Alpes qu'il contemple en pensée.
Mais la véritable surprise de ce manifeste introspectif réside dans sa section culinaire, tout droit sortie d'un traité de philosophie naturaliste. L'hôte des lieux y pourfend avec véhémence les filets de poisson surgelés des supermarchés, qu'il qualifie de « super cringe », pour mieux célébrer l'art délicat du grouper vivant et de l'omelette aux huîtres à la mode du Fujian. Entre deux citations de Hölderlin et une diatribe inspirée contre les réseaux sociaux centralisés, l'internaute détaille sa méthode pour apprécier la fraîcheur des crustacés comme d'autres écoutent un opéra wagnérien. Une telle exigence gastronomique en milieu confiné forcerait presque le respect, si elle n'était assénée avec un sérieux papal.
Ce journal de bord d'un anachorète moderne s'achève sur des considérations ésotériques et un amour immodéré pour les cartes à jouer historiques. Le site revendique une solitude absolue, loin du bruit du monde, tout en prenant soin d'interdire la moindre capture d'écran sur des plateformes jugées indignes. Le Courrier de l'Oignon salue cette performance d'isolement volontaire, rappelant qu'Internet abrite encore de splendides forteresses mentales où l'on débat autant de la métaphysique de Deleuze que de la cuisson idéale du crabe nageur.


