Existentialisme urbain : quand Cities: Skylines rencontre l'Unabomber
Entre deux mégapoles virtuelles et une relecture dubitative de manifestes radicaux, un joueur en quête de sens redéfinit l'art de perdre son temps. Une introspection numérique aussi fascinante que vertigineuse.

Bienvenue dans les tourments existentiels les plus inattendus du réseau Tor, où un simple essai personnel nous rappelle que l'angoisse existentielle ne prévient jamais. L'auteur anonyme de ce journal de bord numérique confie avoir accumulé plus de 2 100 heures sur le jeu de gestion *Cities: Skylines*. Une performance colossale qui, après mûre réflexion, représente davantage d'années écoulées depuis des événements historiques majeurs que de simples loisirs. Face à cette métropole virtuelle appelée à disparaître lors de la suppression d'une banale sauvegarde, le doute s'installe : s'agit-il d'un passe-temps innocent ou d'un gouffre temporel déguisé en urbanisme ?
Pour tenter de rationaliser cette culpabilité ludique, notre architecte virtuel commet l'erreur classique de se tourner vers la philosophie de comptoir... et vers les écrits pour le moins sulfureux de Ted Kaczynski. En analysant la notion de « processus de puissance » et les fameuses « activités de substitution », le texte oscille entre la panique morale et l'autodérision. Est-on condamné à fabriquer des meubles en bois ou à devenir agriculteur sous peine de voir ses loisirs invalidés par un théoricien radical ? Heureusement, l'auteur finit par rejeter les aspirations insurrectionnelles de son improbable mentor au profit d'une conclusion beaucoup plus saine et nuancée.
Au bout du compte, cette réflexion labyrinthique nous épargne le nihilisme total pour accoucher d'une sagesse inattendue. Ni destruction de la société industrielle, ni démission face au clavier : la solution résiderait simplement dans des objectifs équilibrés demandant un effort mesuré. Une jolie manière de légitimer ses nocturnes sur des jeux vidéo difficiles sans pour autant céder à la panique existentielle. Comme quoi, même dans les tréfonds cryptés, on trouve parfois des humains qui se demandent simplement s'ils gèrent bien leur temps libre.

