F-Droid : le magasin d'applications libres qui traduit le monde
F-Droid ne se contente pas de distribuer des applications libres : il construit un empire de traduction. Le site détaille avec une rigueur quasi bureaucratique comment chaque mot, chaque date, chaque devise doit être traduit, révisé, intégré et maintenu dans des centaines de langues.
Alors que la plupart des sites se contentent de trois langues et d’un bouton « Français » en bas à droite, F-Droid traite la traduction comme une infrastructure critique. Chaque composante — l’application Android, le site web, les outils de développement — possède son propre « composant » sur Weblate, une plateforme de traduction open source. Les règles varient : pour l’application, il suffit que la traduction atteigne 70 % ; pour le site, elle doit être à 100 %, sinon l’anglais prime. Les blog posts sont considérés comme secondaires, les tutoriels comme prioritaires. Une fois traduit, le texte n’est pas « jeté » : il doit être maintenu, sous peine d’être exclu.
Ce qui frappe, c’est l’organisation sous-jacente. Les traducteurs se retrouvent sur Matrix, Telegram, IRC, XMPP — autant de canaux que de protocoles — pour coordonner leurs avancées. Il existe même un « canal dédié » pour les traducteurs, comme si la localisation était une mission religieuse. Le site mentionne aussi un « old Languages preference » : une option obsolète d’Android 6 permettant de changer de langue dans l’application, remplacée depuis par les « locales » d’Android 7.0. Un détail anodin, mais qui montre à quel point F-Droid est un projet vivant, qui évolue avec les systèmes d’exploitation comme un parasite respectueux.
Et pourtant, ce n’est pas un commerce. C’est un service public du logiciel libre, financé par des dons, sans publicité, sans trackage. Le site est sobre, presque austère, mais derrière chaque ligne de texte se cache une armée de bénévoles qui, mot par mot, traduisent la liberté. C’est un projet plus ambitieux que nécessaire : on pourrait se contenter d’une version anglaise. Mais F-Droid veut que chaque utilisateur, où qu’il soit, lisese les mêmes informations, dans la même langue, avec les mêmes règles. Même si cela signifie régénérer des milliers de pages à chaque mise à jour, ou attendre que la traduction atteigne 100 % avant de s’afficher. C’est un peu absurde. C’est un peu magnifique.


