Fink, l'intelligence artificielle qui s'arrêtait sagement à deux coups de profondeur
Retour en 2008 avec Fink, une IA de jeu de Go écrite en Lisp qui explorait l'avenir sur une seule et unique profondeur. Entre passion du code et nostalgie des concours hébergés entre amis, voici une relique du passé.

Sur les bas-côtés du réseau Tor, on tombe parfois sur des fossiles numériques qui racontent une époque où l'intelligence artificielle n'avait pas encore conquis le monde, mais se contentait de placer maladroitement des pierres sur un goban. C'est le cas du projet Fink, une création de Dan Ballard conçue pour participer à la compétition Mindstab Go AI en 2008. Écrit en Lisp dans le cadre d'un premier grand projet de programmation, cet automate ludique témoigne des ambitions un brin naïves mais ô combien sympathiques des développeurs indépendants de l'ère pré-générationnelle.
D'après les aveux mêmes de son auteur, Fink partait avec quelques légers handicaps stratégiques. L'algorithme repose sur un modèle d'état du plateau et une recherche minimax de l'espace de jeu, agrémentée de simples algorithmes de score. Malheureusement, l'absence totale d'élagage de l'arbre des possibles limitait dramatiquement ses ambitions calculatoires. L'IA ne pouvait regarder qu'à une ou deux profondeurs de coups avant de rendre les armes. Difficile, dans ces conditions, de rivaliser avec les grands maîtres de ce jeu millénaire.
La logique interne de Fink ne manquait pourtant pas de poésie algorithmique. Le système de score était divisé en sous-classes qui s'additionnaient joyeusement. Un premier module évaluait l'espace libre autour de chaque pierre, ce qui poussait naturellement le programme à dessiner de jolies grilles géométriques. D'autres modules tentaient ensuite d'inculquer une vague notion d'objets globaux, incitant la machine à construire une structure monolithique unique. C'est précisément à ce stade de l'évolution stratégique que la compétition a sagement fermé ses portes.
Ce témoignage d'une époque révolue nous rappelle que l'informatique se nourrit aussi d'expériences inachevées et de projets abandonnés avec le sourire. Point de révolution technologique ici, mais le journal de bord honnête d'un passionné qui a préféré archiver ses modestes lignes de code plutôt que de les laisser sombrer dans l'oubli. Le Courrier de l'Oignon salue cette humilité logicielle qui change agréablement des grandes promesses du marketing algorithmique contemporain.

