Human Affairs : le demi-monde morbide de Vincent O’Sullivan ressuscité en audio
LibriVox a enregistré Human Affairs, recueil de fictions décadentes signé Vincent O’Sullivan, contemporain d’Oscar Wilde passé maître dans l’art des atmosphères sépulcrales. Six heures cinquante-deux minutes de prose fin-de-siècle disponibles gratuitement sur Internet Archive.

Vincent O’Sullivan est né à New York en 1868 et mort à Paris en 1940, dans un dénûment que ses contemporains jugèrent proportionné à son talent. Ami intime d’Oscar Wilde, dont il paya de sa propre poche les funérailles en 1900, il publia entre 1894 et 1907 plusieurs recueils de nouvelles décadentes et fantastiques qui firent son modeste renom. Il n’est pas exactement un inconnu, mais il n’est pas non plus quelqu’un que l’on cite spontanément lors d’un dîner, à moins de fréquenter des cercles très spécialisés où l’on débat sérieusement de la hiérarchie interne du mouvement décadent britannique.
Le recueil Human Affairs regroupe des nouvelles et une novella publiées à l’origine au tournant du XXᵉ siècle. Les titres des pistes audio le confirment sans ambiguïté : The Great Moment, The Entail, quatre chapitres de la novella Verschoyle’s House, trois parties des Notices of the Life of Mrs. Fladd, puis The Bars of the Pit, After Dinner et At the Revue. Soit douze fichiers MP3 pour une durée totale de six heures cinquante-deux minutes. Rien d’urgent, mais rien de bâclé non plus. La durée totale de l’enregistrement dépasse largement celle d’un film ordinaire, ce qui laisse le temps de s’habituer au style.
La pièce maîtresse est incontestablement Verschoyle’s House, novella en dix chapitres qui occupe à elle seule près de trois heures de l’enregistrement. Il s’agit d’un récit de haine maladive et d’apparitions domestiques dans lequel une maison devient progressivement le théâtre d’obsessions irrationnelles. O’Sullivan y déploie ce qu’on pourrait appeler son style de prédilection : une prose élégante et sobre qui décrit des situations proprement épouvantables sans jamais hausser le ton. L’effet est plus perturbant que ne le serait n’importe quel excès rhétorique. Les amateurs de spectaculaire risquent d’être déçus ; les amateurs de malaise lent seront comblés.
Les autres nouvelles illustrent les « multiples facettes » de l’auteur selon la notice LibriVox rédigée par Ben Tucker. En pratique, ces facettes partagent toutes un même territoire : le demi-monde fin-de-siècle peuplé de personnages dont les biographies tendent à mal tourner. After Dinner et At the Revue sont deux courtes pièces de moins de quinze minutes chacune qui ferment le recueil sur une note nettement plus légère, ce qui, dans le contexte de l’ensemble, équivaut à passer d’une atmosphère funèbre à une atmosphère simplement morose. C’est une forme de progression narrative.
L’enregistrement a été mis en ligne sur Internet Archive en juillet 2023 par les bénévoles de LibriVox, association fondée en 2005 dont le projet est d’enregistrer l’intégralité du domaine public mondial. La qualité de lecture varie selon les intervenants, comme c’est toujours le cas avec les productions collectives de LibriVox. Ce n’est pas une critique : c’est un fait documenté, inhérent au modèle, et parfaitement acceptable pour un accès gratuit à des textes qui seraient autrement difficiles à trouver sous forme audio. Les fichiers sont disponibles en streaming ou en téléchargement, sans DRM ni abonnement.
L’œuvre d’O’Sullivan est en domaine public dans la quasi-totalité des pays. Le fichier M4B de l’enregistrement pèse 189 mégaoctets et est téléchargeable directement depuis la page Archive. Les MP3 individuels sont disponibles en trois qualités différentes. Il n’y a pas de formulaire à remplir. On peut aussi écouter en streaming depuis le navigateur, ce qui est utile pour les personnes qui hésitent à s’engager sur six heures cinquante-deux minutes d’un auteur dont elles ignoraient l’existence jusqu’à la lecture de cet article.
Reste la question honnête de savoir si O’Sullivan mérite ces six heures cinquante-deux minutes. La réponse dépend du goût du lecteur pour la littérature décadente britannique et pour les ambiances de fin de siècle où rien ne finit vraiment bien. Si vous avez déjà trouvé que Wilde manquait de noirceur, c’est probablement pour vous. Si vous préférez vos histoires de fantômes plus spectaculaires et moins introspectives, il existe d’autres enregistrements LibriVox susceptibles de mieux correspondre à vos attentes, et vous pouvez les trouver sur la même page Archive.


