Anisa Jomha face à l'effet Mandela : les faux souvenirs version 2017
En janvier 2017, la vidéaste Anisa Jomha consacre un vlog à l'effet Mandela, ce phénomène où des groupes partagent le même souvenir erroné. Internet Archive en conserve une copie et des mots-clés où se croisent CERN, Sinbad et voyage temporel.

L'effet Mandela est un terme forgé en 2009 par la blogueuse américaine Fiona Broome pour désigner un phénomène bien documenté en psychologie cognitive : la formation de faux souvenirs collectifs cohérents. Son cas éponyme, celui qui lui donne son nom, est la conviction partagée par de nombreuses personnes que Nelson Mandela est mort en prison dans les années 1980, alors qu'il est décédé en décembre 2013, libre, ex-président d'Afrique du Sud et prix Nobel de la paix. Ce type de glissement mémoriel n'a rien de mystérieux pour les chercheurs : il relève de mécanismes d'encodage et de reconstruction bien connus, amplifiés par le partage en ligne.
Le 16 janvier 2017, Anisa Jomha, YouTubeuse et streameuse Twitch alors connue sous le pseudo raihnbowkidz, publie une vidéo de vlog intitulée sans ambages « MANDELA EFFECT im so SHOOK ». Le format est celui du genre : une créatrice face à sa caméra, livrant sa propre lecture des exemples canoniques qui circulent alors massivement sur les forums et chaînes dédiées. La description officielle de la vidéo tient en une phrase : « Just my take on mandela effect videos. » Austère, mais honnête.
Les mots-clés de la vidéo dressent un inventaire représentatif de l'effet Mandela tel qu'il se pratiquait en 2017. Le cas le plus cité figure en bonne place : le prétendu film Shazam avec l'acteur Sinbad, que d'innombrables internautes affirment avoir vu dans les années 1990, alors qu'aucune trace de sa production n'existe. Ce que beaucoup avaient probablement en tête est Kazaam (1996), film de Shaquille O'Neal mettant en scène un génie, dont la médiocrité expliquerait peut-être qu'on préfère l'avoir oublié. Le film de Sinbad qui n'existe pas reste à ce jour l'exemple le plus solide du genre, précisément parce qu'il est vérifiable : il n'y a rien à trouver.
Les tags mentionnent également le CERN, institution qui récolte régulièrement des accusations de manipulation temporelle. La théorie populaire veut que le Grand Collisionneur de Hadrons, en produisant des collisions de particules à haute énergie, aurait modifié des lignes temporelles, expliquant ainsi les divergences de souvenirs collectifs. Le CERN décrit officiellement le LHC comme un instrument destiné à l'étude des particules. Les métadonnées de cette archive ne fournissent, elles, aucun élément établissant une modification du temps : elles documentent une vidéo et ses mots-clés, pas un bouleversement du calendrier. Cette nuance n'a jamais totalement refroidi les discussions sur les forums.
La psychologie cognitive offre une explication plus terre à terre : les faux souvenirs collectifs résultent d'expositions culturelles partagées, de confusions entre événements similaires et de la nature reconstructive de la mémoire humaine. La recherche sur les faux souvenirs, développée notamment par Elizabeth Loftus depuis les années 1970, montre qu'il est possible d'implanter des souvenirs convaincants par simple suggestion. Quand plusieurs milliers de personnes ont été exposées aux mêmes films, séries et publicités d'une époque, les conditions sont réunies pour produire des faux souvenirs convergents sans invoquer de portails dimensionnels.
La vidéo d'Anisa Jomha a été archivée sur Internet Archive le 8 mars 2023 par un outil de mirroring automatisé (TubeUp), soit six ans après sa publication originale. L'identifiant YouTube original (3hEILAQFq_o) figure dans les métadonnées de l'archive. Les métadonnées conservent la référence à la chaîne @AnisaJ, sans garantir sa disponibilité actuelle. L'archive ne propose ni sous-titres ni transcription, ce qui signifie que le contenu précis de la vidéo reste à découvrir par visionnage direct.
Ce document est une capsule fidèle à son époque. En janvier 2017, l'effet Mandela connaît son pic d'intérêt sur les plateformes anglophones, avant de se normaliser en curiosité internet de fond. Les tags de la vidéo mêlent théories quantiques, noms de célébrités de l'époque et considérations zoologiques muséales — témoignage indirect des pratiques SEO d'alors. Rien n'indique que la vidéo défend une position sur la réalité des faux souvenirs collectifs. Le titre, en revanche, confirme que la stupéfaction était au rendez-vous.


