La bibliothèque obsessionnelle du grand silence musical
Entre philosophie allemande et partitions numérisées, un mystérieux catalogue en ligne nourrit une passion encyclopédique hors norme. Le Courrier de l'Oignon a feuilleté cette anthologie numérique aux confins de la bibliophilie ténébreuse.

Dans les recoins feutrés du réseau Tor, certains s'adonnent à des passions d'une redoutable exigence intellectuelle. Loin des agitations tapageuses, une page sobrement intitulée « Deep-swarm » dresse l'inventaire minutieux de documents numérisés, avec un penchant prononcé pour la musicologie pointue et la philosophie austère. On y croise Wilhelm Furtwängler dissertant sur l'art des sons, Nikolaus Harnoncourt ou encore des traités de sociologie de la musique signés Theodor Adorno. C'est le genre de bibliothèque idéale pour les insomniaques en quête d'ascétisme intellectuel.
Le site ne se contente pas d'aligner des fichiers PDF : il témoigne d'un travail de fourmi, spécifiant pour chaque document le traitement OCR appliqué et la langue d'origine, qu'il s'agisse d'ouvrages en allemand ou de textes théoriques traduits en chinois. Derrière cette vitrine austère se devine un projet obsessionnel monumental, mené par un reclus numérique qui semble voir dans la numérisation de haute précision une mission quasi monastique. Le moindre article sur l'histoire de la musique électronique y est répertorié avec la solennité d'un inventaire de musée national.
Bien que le responsable des lieux pousse un coup de gueule lyrique contre les barrières payantes du monde académique et l'élitisme des institutions fermées, le catalogue lui-même fonctionne comme un sanctuaire de papier virtuel. On y vient moins pour butiner que pour admirer la rigueur un brin maniaque de cette collection de textes introuvables. Le Courrier de l'Oignon salue bien bas cette belle démonstration de résistance érudite, en espérant que le gardien de ces archives trouvera assez d'oreilles attentives pour écouter sa symphonie textuelle.


