La Sainte Bible sous haute protection cryptographique
Quand la théologie rencontre la cybersécurité, le web caché se met en quatre pour distribuer les Écritures. Un projet titanesque qui prend la sécurité très au sérieux.

Au « Courrier de l'Oignon », nous pensions avoir tout vu en matière de projets numériques ambitieux, mais c'était sans compter sur ce portail biblique clandestin. La page, joliment intitulée « The Holy Gospel », se propose ni plus ni moins de diffuser la Bible en versions textuelles pour une multitude de pays et de langues où l'ouvrage est difficile d'accès ou interdit. De l'Afghanistan à la Corée du Nord en passant par l'Ouzbékistan, le site aligne les liens linguistiques avec une ferveur missionnaire inédite.
Ce qui rend la démarche particulièrement savoureuse pour nos papilles journalistiques, c'est le grand mariage entre le dogme chrétien et la paranoïa cryptographique moderne. L'administrateur du site ne se contente pas de distribuer des fichiers : il exige pratiquement que le lecteur sorte sa panoplie d'espion de la Guerre froide. Une section entière invite en effet les fidèles à nouer le contact en toute sécurité, en échangeant des clés PGP et en s'assurant que l'empreinte numérique correspond bien au protocole.
On se prend à imaginer le catéchisme du futur, où la première communion ne s'accompagne plus d'une gourmette en or mais de l'apprentissage de la ligne de commande GnuPG. Entre deux versets, l'internaute est invité à manier le chiffrement asymétrique avec la même dévotion que le catéchumène feuillette ses psaumes. Une initiative qui prouve, s'il le fallait, que le salut de l'âme passe désormais par une bonne gestion des paires de clés.
Le site reste pour l'instant en cours de développement, promettant d'ajouter de nouvelles traductions au fil du temps. En attendant la grande messe du protocole TLS, les amateurs de paradoxes technologico-religieux peuvent admirer ce monument de zèle numérique. C'est à la fois improbable, extrêmement sérieux et techniquement irréprochable, ce qui ne manque pas de nous faire dresser l'oignon.


