Le coup de foudre en format audio pur, ou comment faire flasher vos tympans
Comment retranscrire un coup de foudre quand on ne dispose que de ses oreilles ? C'est le défi absurde d'un feuilleton audio déniché dans les archives.

Dans les méandres insondables du réseau, là où le numérique rencontre la nostalgie des ondes courtes, on tombe parfois sur des objets radiophoniques non identifiés qui forcent le respect. Cette fois-ci, c'est une interrogation romantique et pour le moins audacieuse qui retient toute notre attention : comment diable parvient-on à suggérer visuellement le coup de foudre dans un média strictement dépourvu d'images ? C'est la question existentielle que pose le créateur de ce feuilleton audio pulp, bien décidé à triturer la bande sonore jusqu'à ce que les sentiments prennent feu.
Loin des grandes productions lissées à l'excès, l'épisode en question multiplie les choix artistiques déconcertants. Entre deux tirs d'armes à feu, des bruits de bouche dignes d'une cour de récréation et des sifflets de sirène intempestifs, l'immersion fleure bon le bricolage artisanal et la passion cinéphile. L'auteur y glisse même des notes de bas de page audacieuses, évoquant le statut hautement luxueux de la radio sur ondes courtes comparé aux banales ondes FM, tout en philosophant sur la déception de n'être qu'un simple travailleur de bureau plutôt qu'un maître plombier comme l'était l'aïeul.
La nomenclature des sources sonores employées a de quoi faire pâlir n'importe quel ingénieur du son rigoureux. On y pioche allègrement dans des films du domaine public des années 1950, agrémentés de bruits de pas de cave, de crépitements de vieux disques 78 tours et de tintements de verres à vin récoltés aux quatre coins du web libre. Le résultat est un joyeux capharnaüm sonore où l'enquête policière rencontre la bluette interplanétaire, dédiée à des amis prétendument en lune de miel sur Ganymède. Une curiosité auditive qui prouve, si besoin était, que l'imagination humaine se porte à merveille lorsqu'elle est branchée sur le canal de l'absurde.


