Le journal intime d'un fanatique du micro-trottoir et des piles EBL
Un audiophile partage ses archives de concerts live avec une précision maniaque sur les tensions de piles et les modèles de microphones. Du grand art pour les amoureux de prises de son clandestines.

Le monde du partage de concerts live en peer-to-peer cache parfois des créatures d'une minutie redoutable. Loin des plateformes de streaming aseptisées, un passionné a décidé de documenter ses captations de concerts en Californie avec le sérieux clinique d'un laboratoire de balistique acoustique. Ici, on ne se contente pas de balancer un fichier MP3 compressé à la va-vite ; on accompagne chaque archive d'un bulletin de santé technique digne des rapports de la NASA.
En parcourant les notes de publication, on apprend ainsi que le concert de tel groupe le 3 août a bénéficié d'un enregistrement via des micros AKG placés à trois pouces des pédales d'effet de la guitare, ce qui permet d'entendre distinctement l'artiste écraser ses switches. La source précise également le voltage exact des piles rechargeables lithium-ion utilisées pour stabiliser l'alimentation, ainsi que les péripéties logistiques du guitariste jouant sur un instrument de rechange parce que son matériel principal est bloqué en Europe.
C'est un véritable journal de bord de l'ingénieur du son clandestin, où l'on frôle l'anthropologie musicale. On y apprend qu'un spectateur a brièvement offert des piles au bassiste entre deux morceaux, ou que l'emplacement des micros binauraux a été ajusté de quarante-cinq degrés pour capter au mieux le placement de la batterie. Une plongée délicieusement absurde et obsessionnelle dans les coulisses de la débrouille audiophile sur les réseaux cachés.

