Le Projet Tor s'essaie au VPN : quand l'oignon veut enfiler un imperméable
Le célèbre Projet Tor partage les leçons de sa première année de développement sur un VPN Android. Une plongée technique où les utilisateurs s'interrogent sur la différence avec Orbot.

Voilà une nouvelle qui va réjouir les amateurs de plomberie réseau et de guacamole cryptographique. Le Projet Tor a publié un retour d'expérience fort instructif sur son application Tor VPN Beta pour Android, lancée à l'automne dernier. Conçu pour étendre la protection de la vie privée à l'ensemble des applications mobiles d'un appareil et non plus seulement au navigateur, l'outil isole chaque trafic dans son propre circuit. Une belle manière d'éviter que votre application de recettes de cuisine ne discute un peu trop facilement avec votre messagerie instantanée préférée.
Mais la grande surprise de ce galop d'essai réside dans son usage réel : l'objectif premier des utilisateurs s'est rapidement révélé être le contournement de la censure pure et dure, particulièrement dans des régions comme l'Iran, le Turkménistan ou l'Asie-Pacifique. Les équipes ont ainsi dû revoir leur copie concernant la sélection des nœuds de sortie, qui semait parfois la confusion chez les internautes en quête de liberté numérique, leur préférant une intégration renforcée des ponts WebTunnel pour camoufler le trafic en simples requêtes web bien sous tous rapports.
Dans l'espace de discussion attenant, la communauté n'a pas manqué de soulever des questions hautement existentielles. Un participant s'est ainsi enquis de la différence subtile entre cette nouveauté et l'historique Orbot, tandis qu'un observateur basé à Taïwan est venu croiser les chiffres avec les données d'OONI pour analyser l'utilisation des ponts en Chine. D'autres, plus terre à terre, se demandent si la version restera gratuite ou réclament à grands cris le support du protocole SOCKS5 sur le port local pour faire fonctionner des applications récalcitrantes.
Entre ajustements d'interface pour rendre la liste des applications enfin cherchable et débats passionnés sur le routage par application, le projet avance masqué mais sous haute surveillance. Les discussions rappellent que, même dans le monde merveilleux du logiciel libre, concevoir un outil de contournement capable de déjouer les pare-feux étatiques relève autant de l'horlogerie suisse que du parcours du combattant. Reste à savoir si les appels vocaux Telegram finiront par passer à travers les mailles du filet de l'oignon.


