Le reggae des catacombes : quand Dracula croise Lee Scratch Perry
Des goules, du dub et des extraits de films d'horreur de 2014 exhumés du web. Le frisson n'a jamais autant swingué sur les basses fréquences.

Le réseau Tor cache parfois des merveilles d'archives qui fleurent bon la poussière numérique et le mixage nocturne. Nos radars se sont arrêtés sur une trouvaille radiophonique pour le moins originale : l'édition spéciale d'Halloween baptisée « Echo Chamber of Horrors », diffusée à l'origine en octobre 2014 par les fins connaisseurs Dr. StrangeDub et DJ Baby Swiss. Loin des sombres machinations qu'on prête parfois aux bas-fonds d'Internet, il s'agit ici d'une célébration purement acoustique où les spectres rencontrent la contrebasse.
La page, hébergée sur les méandres de l'Internet Archive, nous déroule un catalogue digne d'un cabinet de curiosités musicales. Le programme se targue d'accueillir des goules, des gobelins et des riddims à donner des sueurs froides. Entre deux nappes de réverbe lugubre, les auditeurs d'antan pouvaient croiser des extraits sonores de classiques du cinéma d'épouvante tels que « Dracula », « Frankenstein » ou « L'Exorciste », le tout joyeusement mixé avec des pointures comme Lee Scratch Perry, Bob Marley, Mungo's Hi-Fi ou encore Dub Syndicate.
La liste des pistes ressemble à un inventaire à la Prévert version cimetière, associant « Vampire Circus Dub » et « Haunted House Dub » dans une ambiance enfumée. On y apprend avec le sourire que le comte Dracula a eu droit à sa version dub sous l'égide de The Wailers, prouvant si besoin en était que les vampires redoutent autant l'ail que les gros échos de studio. Un régal patrimonial parfaitement inoffensif qui démontre que l'art du mashup macabre transcende les années.
Ce témoignage audio hors du temps nous rappelle que l'archéologie du Web réserve parfois des surprises mélodieuses et décalées. Pas de complot mondial ni de services louches à l'horizon, juste une bonne vieille session de dub de catacombes à écouter en frissonnant sous les couvertures. De quoi redonner foi dans les explorations souterraines du réseau, pour peu qu'on aime les basses profondes et les films de monstres.


