Lexian et sa cathédrale de nostalgie brute
Entre nostalgie de Windows 9X et étalage minutieux de composants de joueur, DigitalVoid s'impose comme le journal intime numérique le plus honnête du réseau. Un recoin web où l'on assume de ne rien proposer d'autre que soi-même.

Sur le réseau Tor, là où l'on s'attend généralement à croiser des conspirateurs internationaux ou des marchands de babioles énigmatiques, on tombe parfois sur un simple adolescent attardé des années 2000. Enfin, chronologiquement adulte, mais doté selon ses propres dires de « l'intelligence grammaticale d'un enfant de cinq ans ». L'individu en question se nomme Lexian et administre un sanctuaire HTML baptisé DigitalVoid, un site personnel qui fleure bon la naphtaline numérique et les souvenirs émus des vieilles tours beige.
Loin des promesses révolutionnaires habituelles, l'auteur annonce la couleur d'emblée : son site n'a rien à offrir, si ce n'est ses propres états d'âme couchés sur un blog qu'il promet de laisser pourrir dans le chaos le plus total jusqu'à l'épuisement complet. On y apprend que le webmestre a passé sa jeunesse à tripoter des machines sous Windows 9X, et qu'il a décidé de recréer cette esthétique fondatrice avec l'obstination d'un moine copiste du dimanche. Point de services occultes ici, mais une délicieuse foire aux détails intimes et superflus.
Le clou du spectacle reste l'inventaire complet de sa bécane, étalé avec la fierté d'un collectionneur de timbres rares. Processeur AMD Ryzen, double carte graphique GTX 1080 Ti pour faire sans doute tourner le démineur en 4K, Arch Linux en dual-boot et tapis de souris de compétition : rien ne manque à l'appel de la configuration de puriste. On frémit devant tant de puissance pour héberger trois paragraphes de prose narcissique et un livre d'or quasi désert.
Le Courrier de l'Oignon salue cette formidable inefficacité technique. Dans un monde obsédé par la rentabilité et l'algorithme, découvrir un habitant du réseau sombre qui consacre son énergie à bâtir une cabane textuelle bancale avec le style d'un site de 1995 procure un réconfort inattendu. C'est absurde, c'est totalement inoffensif, et c'est surtout d'une honnêteté désarmante.


