My Japan : le film de propagande qui voulait effrayer l'Amérique
Découverte d'un film de propagande raciste de 1945, My Japan, destiné à vendre des obligations de guerre. Le document, conservé sur Internet Archive, utilise un acteur blanc maquillé en Japonais pour dépeindre l'ennemi comme implacable et barbare.

En 1945, alors que la guerre touche à sa fin, le département du Trésor des États-Unis produit un film intitulé My Japan, conçu pour stimuler la vente d'obligations de guerre. L'œuvre, aujourd'hui disponible sur Internet Archive, est un curieux mélange de propagande, de racisme ouvert et de manipulation émotionnelle.
Le film commence par un acteur blanc, maquillé pour ressembler à un Japonais — traits tirés, dents agrandies, voix éraillée —, assis à un bureau. Il prétend déconstruire les stéréotypes américains sur le Japon, avant de dévoiler la « réalité » : un peuple brutal, fanatique et prêt à tout sacrifice pour la victoire. Les images qui suivent sont des séquences d'actualité capturées, présentées comme des preuves de l'inhumanité japonaise : exécutions, décapitations, corps mutilés.
Ce qui frappe, au-delà de la violence graphique, c'est la stratégie narrative. Le narrateur — un Américain jouant le Japonais — adopte un ton méprisant envers les États-Unis, qualifiant les Américains de « trop doux », de « rêveurs ». Cette inversion rhétorique, typique des films de propagande de l'époque, vise à susciter une peur rationnelle : celle d'un ennemi insensible, invincible par la force brute. Le message implicite est clair : il faut une guerre totale, sans pitié.
My Japan est également remarquable par son statut de « premier film de l'ère atomique ». Certains historiens y voient une tentative de préparer l'opinion publique aux horreurs de la bombe atomique, en normalisant l'idée d'une destruction massive et inévitable. Le film ne montre pas la bombe, mais il montre ce qui, selon lui, justifie son usage : un ennemi qui ne mérite pas de pitié.
Aujourd'hui, My Japan est classé comme document historique, mais aussi comme un exemple édifiant de la manière dont la propagande peut déshumaniser l'adversaire. Conservé dans les archives numériques, il reste un témoignage glaçant de la guerre froide naissante, et de la puissance des images à faire peur.


