Quand Daniel Lopatin mettait la pop des années 80 au congélateur
Le Courrier de l'Oignon redécouvre l'album fondateur de Daniel Lopatin publié en 2010, ancêtre sacré de la vaporwave. Une plongée dans des boucles pop ralenties avec amour.

Sur le réseau Tor comme en surface, Internet Archive regorge parfois de pépites qui sentent bon la naphtaline numérique et le plastique de cassette audio. C'est le cas de l'album « Chuck Person's Eccojams Vol. 1 », sorti le 8 août 2010 sous le pseudonyme de Chuck Person, alias le musicien électronique Daniel Lopatin. Distribué à l'origine sous forme d'une édition limitée de cassettes, cet ovni sonore est considéré par les critiques comme l'acte de naissance de la fameuse esthétique vaporwave.
Le principe artistique tient en quelques secondes de nostalgie sous kétamine : Lopatin a découpé de micro-extraits de chansons pop des années 80 signées Fleetwood Mac, Toto ou Heart pour les étirer et les truffer d'échos. Le résultat évoque des mélodies qu'on écouterait au fond d'une piscine municipale vide, tout en s'inspirant visuellement des graphismes rudimentaires du jeu vidéo Ecco the Dolphin sorti en 1992 sur Mega Drive. Les critiques culturels y ont vu par la suite une réflexion profonde sur la mémoire culturelle et les promesses déchues du capitalisme technologique.
Si le projet a rapidement propulsé son auteur vers d'autres horizons, il a fait des petits chez les adolescents d'Internet avant de devenir un objet de collection dont les copies originales s'arrachent à prix d'or. Entre les versions remastérisées et les minutieuses reconstructions de fans, la cassette originelle continue de hanter les bibliothèques virtuelles. Une belle preuve que ralentir la musique pop jusqu'à l'absurde peut parfois laisser une trace indélébile dans l'histoire du web.


