Quand Debian calculait ses billets d'avion à la louche et au Mexique
Retour en 2006 avec l'archive de la DebConf6 au Mexique, où les parrainages de voyage s'organisaient à coups de logique difusa. Une capsule temporelle Linux tout droit sortie du passé.
Le Courrier de l'Oignon fouille parfois dans les catacombes du Web pour exhumer des vestiges numériques qui sentent bon le début des années 2000. Cette fois, c'est une page d'archive consacrée à la DebConf6, célèbre conférence annuelle des développeurs de la distribution Linux Debian, qui a retenu notre attention. L'événement s'annonçait alors « Hot and Spicy » sous le soleil d'Oaxtepec, au Mexique, avec une météo oscillant sagement entre 17 et 29 degrés et un risque de pluie sagement mentionné pour les touristes du code.
Ce qui fait tout le sel de cette capsule temporelle réside dans la gestion administrative des parrainages de voyage de l'époque. Pour décider qui méritait un coup de pouce financier afin de traverser les océans, les organisateurs n'usaient pas d'algorithmes froids ou de feuilles de calcul impitoyables. Le texte officiel indique très sérieusement qu'ils appliquaient « du sens commun et des filtres de logique difusa » en comparant les requêtes avec leur « vaga idea » du budget disponible. Une méthode de gestion financière pour le moins poétique, qui nous rappelle une époque où l'informatique libre laissait encore une grande place à l'improvisation artisanale et aux discussions de coin de table.
La page détaille également les modalités de l'époque, demandant aux contributeurs de préciser leur domaine d'activité au sein du projet Debian ainsi que la part des frais qu'ils pouvaient honorer eux-mêmes. Le tout était traité selon un processus semi-ouvert, garantissant la discrétion des données financières personnelles des participants avant la grande échéance fixée à février 2006. Point de grands formulaires automatisés et froids, mais une promesse de consensus général.
En explorant ce type d'archive aujourd'hui, on mesure le chemin parcouru par les grandes communautés open source, tout en versant une petite larme nostalgique pour ces sites web au design minimaliste qui affichaient encore des compteurs de temps restants précis à la minute près. Le futur de l'informatique s'écrivait alors sous les tropiques, entre deux averses éparses et des lignes de commande compilées dans la bonne humeur.


