Quand l'anonymat de Tor se heurte à la dure réalité du style d'écriture
Croire que Tor efface magiquement votre personnalité en ligne relève de l'angélisme numérique. Heureusement, la communauté veille au grain avec une psychologie de comptoir redoutable.

Voilà une mésaventure qui remet l'église au milieu du village numérique. Sur le forum officiel de Tor, un internaute agacé est venu quérir de l'aide après avoir vu son second compte banni pour association de malfaiteurs avec son profil principal. Pourtant, jurait-il, l'anonymat du réseau oignon était total et l'empreinte du navigateur censée changer à chaque connexion. Comment le couperet de la modération a-t-il pu s'abattre avec une telle précision chirurgicale sur sa modeste personne ?
Loin d'invoquer des forces occultes ou une faille cataclysmique dans le protocole de chiffrement, les bons samaritains du forum ont rapidement douché ses illusions technologiques. Un contributeur chevronné a ainsi rappelé que même si Tor brasse du monde, le pourcentage d'utilisateurs naviguant sur ce forum précis reste microscopique. De quoi réduire considérablement le champ des suspects dès qu'il s'agit de croiser des données comportementales.
La solution du mystère ne réside donc pas dans une machination ésotérique de la NSA, mais dans des méthodes dignes d'Agatha Christie. Les modérateurs attentifs n'ont eu qu'à observer les rythmes biologiques de leur oiseau rare – comme ses heures de sommeil – ainsi que ses marottes et, clou du spectacle, sa manière bien à lui de manier la langue. En clair : vous pouvez masquer votre IP autant que vous voulez, si vous écrivez comme un pince-sans-rire avec la ponctuation d'un poète fatigué à trois heures du matin, vous finirez par signer vos forfaits.
Interrogé sur le rôle exact du navigateur dans cette affaire, le panel d'experts s'est voulu rassurant tout en posant ses balises : impossible d'accorder une garantie à cent pour cent, mais le fier logiciel n'y est probablement pour rien dans cette bévue relationnelle. Comme quoi, la plus belle forteresse de chiffrement du monde ne pèse rien face à la constance d'un style littéraire reconnaissable entre mille. Une belle leçon d'humilité pour les apprentis espions du dimanche.

