Quand la Free Software Foundation Europe comptait ses centimes en 2003
Remontée spectaculaire dans le grand livre de comptabilité de 2003 de la FSFE, où l'on découvre que la révolution du logiciel libre fonctionnait avec à peine 59 000 euros. Une époque bénie où l'on payait les loyers et les avocats avec la monnaie du du a.

Amis du grand livre et de la transparence militante, sortez vos calculettes ! Le Courrier de l'Oignon a déniché dans les méandres du réseau Tor une capsule temporelle absolument fascinante : le bilan financier de l'année 2003 de la célèbre Free Software Foundation Europe (FSFE). Oubliez les levées de fonds à neuf chiffres des start-ups californiennes d'aujourd'hui. À l'époque, le combat pour le logiciel libre se menait avec la précision d'un épicerie de quartier et un budget global qui ferait tousser n'importe quel directeur financier moderne.
En 2003, la structure européenne a ainsi encaissé exactement 59 853,59 euros. Un pactole alimenté par un peu de merchandising (1 759,40 euros, sans doute de superbes t-shirts en coton lourd), des dons centralisés ou venus des antennes allemande et italienne, ainsi qu'une petite participation de la Commission européenne. Côté dépenses, la gestion frôlait l'ascèse monastique avec un total de 50 635,82 euros. On y apprend notamment que le poste budgétaire principal concernait le personnel — une personne unique, le courageux Georg Greve, dont le salaire comprenait tout de même 16 % de TVA —, épaulé par un loyer de bureau très raisonnable à 2 200 euros annuels.
Le document ne cache rien des petits tracas administratifs de la cause. Les frais de justice se montaient à 175,97 euros, tandis que les banques se servaient goulûment sur chaque virement à hauteur de 95,58 euros au total. Le transport et le courrier engloutissaient à eux seuls plus de 1 100 euros, prouvant que les militants devaient s'arracher les timbres-poste pour diffuser la bonne parole de Linux et du code ouvert à travers le Vieux Continent. Les honoraires de contrats pour les avocats et experts-comptables s'élevaient quant à eux à un peu plus d'un millier d'euros.
Cette plongée dans les archives nous rappelle avec une pointe de nostalgie que les grands mouvements naissent souvent de broutilles financières et de bonne volonté. Alors que les miroirs de l'association continuent de propager ces pages historiques à travers les réseaux décentralisés, on ne peut s'empêcher de saluer la rigueur de ces pionniers. Ils savaient exactement où passait chaque centime de leurs dons, même lorsque le total de l'année tenait tout entier sur une seule ligne de tableur Excel.


