Quand la Free Software Foundation Europe comptait ses sous en 2001
Le Courrier de l'Oignon plonge dans les archives poussiéreuses de l'an 2001 pour exhumer les comptes initiaux de la Fondation pour le logiciel libre en Europe. On y découvre un budget de paysan astucieux où chaque t-shirt vendu pesait lourd dans la balance.

Amis du grand frisson comptable et nostalgiques des années 2000, réjouissez-vous ! En fouillant dans les recoins historiques du réseau, notre rédaction est tombée sur un document d'une folle extravagance : le bilan financier de l'année 2001 de la Free Software Foundation Europe (FSFE). Bien loin des méga-structures et des levées de fonds stratosphériques actuelles, l'association luttait alors avec les moyens du bord pour promouvoir le logiciel libre sur le Vieux Continent. Les chiffres affichés donnent le tournis par leur modestie, rappelant qu'<bos>500 euros de frais postaux, c'était toute une logistique à planifier.
Le tableau des recettes de cette année-là pose les bases d'un empire en kit. Pour faire tourner la machine, la FSFE a pu compter sur 2 370,06 euros de produits dérivés (les fameux t-shirts et badges qui grattent), complétés par 12 584,99 euros de dons directs et 2,300,82 euros transférés par le chapitre allemand. Total des courses : 17 255,87 euros. C’est à peine de quoi s'offrir une machine à café haut de gamme aujourd'hui, mais à l'époque, cela suffisait apparemment à soudoyer quelques idéalistes du noyau Linux et à faire tourner le tout premier salarié, Georg Greve, dont la rémunération s'élevait à 7 000 euros pour l'année.
Côté dépenses, la rigueur helvétique (ou européenne) frôle l'ascétisme. On relève 4 449,92 euros de frais de représentation, 48,06 euros en hébergement et nourriture (de quoi acheter deux sandwichs triangles et un paquet de chips par trimestre), ainsi que 8 euros de magazines et de livres. Notons également un investissement crucial de 115,77 euros en frais juridiques, parce que défendre la liberté du code, c'est bien, mais éviter les procès, c'est mieux. Bref, une comptabilité de sage-femme pour un monde numérique qui cherchait encore sa voix.
Aujourd'hui, alors que la page propose poliment de traduire ses interfaces oubliées et rappelle son attachement aux licences Creative Commons, ce saut dans le passé a un petit goût de madeleine au code source. Le Courrier de l'Oignon salue ces pionniers qui géraient leur association comme un club de philatélie high-tech, prouvant qu'on peut changer le monde sans nécessairement avoir un banquier au train. Une belle leçon de simplicité pour tous les technophiles contemporains trop habitués au capital-risque.


