Quand le canari de Riseup chante encore juste dans sa mine de données
Le célèbre collectif militant Riseup détaille le fonctionnement de son fameux canari cryptographique. Une vigie à plumes numériques qui préfère jouer la transparence absolue plutôt que d'affoler les foules pour un oui ou pour un non.

Au Courrier de l'Oignon, nous aimons les volatiles qui ont du chien, ou plutôt du bec. Sur leur vitrine cachée au fond des réseaux oignonés, les irréductibles militants du collectif Riseup rappellent la noble définition du canari. Non, il ne s'agit pas d'arriver avec une cage au fond d'une mine de charbon pour vérifier si l'air est respirable, mais bien d'utiliser une déclaration signée électroniquement pour prouver que personne n'est venu trifouiller les serveurs sous la contrainte. Une tradition un brin dramatique qui consiste à dire : « Tout va bien, nous ne sommes pas bâillonnés », jusqu'au jour où le canari s'arrête de chanter.
Ce qui ne manque pas de sel dans leur foire aux questions, c'est l'explication historique de leurs petits couacs passés. En 2016, figurez-vous que le canari était resté muet comme une carpe, non pas par coquetterie, mais à cause d'une injonction de silence liée à une sordide histoire de rançongiciel et de extorsion. Le problème, nous explique-t-on avec un sens aigu de la nuance bureaucratique, c'est que l'outil était devenu tellement large qu'un simple incident mineur provoquait immédiatement la panique générale chez les utilisateurs. Bref, c'est le syndrome de l'alarme incendie qui se déclenche parce que quelqu'un a fait trop chauffer ses toasts au grille-pain.
Aujourd'hui, le collectif a donc resserré la focale de son oiseau sentinelle pour ne signaler que les vraies catastrophes, celles qui méritent qu'on sorte en courant dans le couloir. Pour les sceptiques qui se demandent si le gouvernement américain ne pourrait pas les forcer à barboter des contre-vérités, la réponse fuse : la liberté d'expression forcée reste une exception juridique assez rare aux États-Unis, à part pour les paquets de cigarettes. En attendant, le message est signé, tamponné au hachage SHA512 et vérifiable à grands coups de terminal pour les plus enthousiastes. De quoi s'endormir sur ses deux oreilles, en espérant que le canari ne prenne pas froid d'ici le prochain trimestre.


