Quand le clavier ergonomique rencontre la philosophie du vide
Plongée dans le journal intime d'un développeur qui inaugure son blog en espérant échouer à y écrire. Entre architecture KDE-i3 sur mesure et littérature polonaise, le minimalisme numérique atteint des sommets.

Sur le réseau Tor, on croise parfois des monuments d'ambition, mais aussi des havres de paix numériques où l'on prend le temps de poser les bases de rien du tout. C'est le cas du site d'Etam Software, qui s'ouvre sur une promesse audacieuse : lancer un nouveau blog tout en avouant n'avoir absolument aucun plan pour la suite. L'auteur hésite d'ailleurs habilement entre le succès (ne rien publier) et l'échec (rédiger effectivement quelques lignes de temps en temps). Une philosophie du moindre effort qui forcerait presque le respect si elle n'était pas contredite par la précision chirurgicale de son installation informatique.
Car sous des airs de friche textuelle, la page « À propos » révèle une machinerie digne d'un horloger suisse de l'open source. Le maître des lieux turbine sous openSUSE, combinant l'environnement de bureau KDE avec le gestionnaire de fenêtres en mosaïque i3. Pour couronner le tout, le panneau de configuration et les raccourcis globaux sont gérés en douce par des plasmoïdes cachés dans un espace de travail virtuel. Pour saisir du code ou du vide, il ne tape pas sur n'importe quel bout de plastique : l'homme utilise un clavier ortholinéaire Kinesis Advantage 2 configuré en disposition Programmer Dvorak. De quoi transformer la moindre rédaction de billet de blog en session de pilotage de station spatiale.
La visite guidée s'achève sur des considérations étymologiques et pop-culturelles aussi fascinantes qu'inutiles. On y apprend que le pseudonyme « Etam » est emprunté à un livre de contes polonais, tout en sonnant exactement comme l'interjection familière traduisant le scepticisme. Quant à son avatar, il provient directement d'une vieille planche de bande dessinée consacrée aux chats geeks. Le Courrier de l'Oignon salue cette merveilleuse vitrine du cataclysme organisationnel, où un équipement de compétition sert principalement à se demander si l'on va publier un article cette année.


