Quand le cyberpunk post-humain rencontre la cacophonie de l'Internet Archive
Plongez dans les abysses sonores de 2010 avec 'Double Bind', un ovni musical où le cyberpunk rencontre la poésie malade. Une merveille d'agression auditive à savourer bien à l'abri de vos écouteurs.

Amateurs de douceur auditive et de mélodies réconfortantes pour s'endormir paisiblement, passez votre chemin. Le Courrier de l'Oignon a déniché pour vous une perle rare tout droit sortie de l'année 2010, hébergée sur les serveurs inépuisables de l'Internet Archive. Il s'agit de « Double Bind », une collaboration entre les éminents artistes Kenji Siratori et Lezet, estampillée par le label suRRism-Phonoethics. La description nous promet rien de moins qu'un « trésor phonoéthique » fraîchement exhumé des catacombes du Web, prêt à ravager vos derniers espoirs de calme intérieur.
Prenant la forme d'un manifeste post-humain dopé au cyberpunk sous stéroïdes, l'œuvre se targue de rendre la narration linéaire totalement obsolète. Selon les notes d'accompagnement rédigées par un admirateur manifestement habité par sa mission, la démarche artistique consiste à faire souffrir le texte pour déployer un « virus mental » libérateur. On y croise des fulgurances textuelles d'une limpidité toute relative, évoquant des arbres, des larmes inversées, des boucles de ceintures et du crachat sur des pupilles. Bref, tout un programme littéraire qui donne envie de réviser d'urgence ses classiques de la poésie cybernétique.
Côté pratique, l'archive met généreusement à disposition plus de cinquante minutes de réjouissances sonores réparties en huit pistes aux titres évocateurs, de « End Of The End » à l'inoubliable « Insane Asylum », sans oublier une piste mystère généreusement baptisée de symboles cabalistiques. Le tout pèse son pesant de cacophonie numérique et s'accompagne même de deux superbes couvertures au format image pour parfaire votre collection virtuelle.
Inutile de chercher ici une quelconque tentative de séduction commerciale : l'ensemble revendique haut et fort une esthétique de la douleur conceptuelle et du refus des traditions. C'est bruyant, c'est totalement abscons, et c'est pourtant là, bien rangé dans les archives mondiales comme un témoin précieux des délires avant-gardistes du début du millénaire. À consommer avec un paracétamol à portée de main.


