Quand le logiciel libre comptait ses sous en 2004
Retour sur les comptes de l'année 2004 du Fonds européen pour le logiciel libre, une époque où l'on gère des milliers d'euros avec la précision d'un comptable tatoué.
Il est des archives qui fleurent bon le passé, ou du moins une époque où l'on pouvait encore faire tourner une structure européenne avec le prix d'une berline d'occasion. Le site du Fonds européen pour le logiciel libre (FSFE) nous offre une délicieuse capsule temporelle en exposant noir sur blanc son budget détaillé pour l'année 2004. À l'heure où les mastodontes de la tech brassent des milliards en rachetant des îles ou des fusées, découvrir qu'une organisation entière survivait avec un peu plus de 80 000 euros de recettes a quelque chose de profondément rafraîchissant.
Dans le détail, les comptes ressemblent à ceux d'une grande association de quartier un brin trop ambitieuse. Les revenus se composent de dons, de ventes de babioles promotionnelles pour un peu plus de 4 400 euros, et de transferts de la filiale allemande. Du côté des dépenses, c'est l'ascétisme bureaucratique qui triomphe : plus de 61 000 euros de salaires pour faire tourner la boutique, une location de bureau modeste à 2 200 euros, et la somme rondelette de 172,18 euros consacrée aux indispensables fournitures de bureau. On y apprend également que la masse salariale soutenait des figures historiques du mouvement, comme Georg Greve ou un jeune stagiaire du nom de Matthias Kirschner.
Ce grand déballage financier, impeccablement conservé sur les miroirs du réseau, rappelle avec une pointe d'ironie que le grand internet libre s'est aussi bâti à coups de factures de papeterie et de frais de poste ridicules. Pas de levées de fonds mirobolantes ni de capital-risque opaque : juste des t-shirts, des tampons encreurs et des avocats payés à prix d'or pour défendre nos libertés numériques. Une plongée nostalgique qui prouve que l'on pouvait révolutionner le monde numérique avec trois bouts de ficelle et un tableau Excel.


