Quand le logiciel libre comptait ses sous : plongée dans le bilan 2004 de la FSFE
Remontons le temps jusqu'en 2004 pour découvrir le budget minuscule de la Free Software Foundation Europe. Entre t-shirts et frais de voyage, les geeks d'antan comptaient chaque centime.
À l'époque où les navigateurs web luttaient encore pour afficher correctement des tableaux et où le cloud relevait de la pure science-fiction météorologique, la Free Software Foundation Europe tenait ses comptes avec une rigueur de moniale. Le Courrier de l'Oignon a fouillé dans les archives numériques pour exhumer le bilan financier de l'année 2004. Le résultat a de quoi faire sourire les multinationales technologiques actuelles : l'organisation fonctionnait alors avec un budget total d'environ 80 000 euros par an, soit à peu près l'équivalent du coût d'une machine à café haut de gamme dans la Silicon Valley.
Dans le détail, les entrées de fonds provenaient principalement de généreux donateurs et de transferts venus de la section allemande, complétées par la modeste somme de 4 405 euros de ventes de « merchandise ». Nul doute que ces t-shirts et badges à l'effigie du manchot ou de GNU faisaient fureur dans les salles de serveurs mal ventilées. Côté dépenses, le poste le plus lourd était logiquement le personnel, qui rémunérait quatre âmes courageuses se battant pour nos libertés numériques, suivies de près par d'énigmatiques « frais de représentation » et quelques milliers d'euros de conseils juridiques pour parer aux attaques des seigneurs du copyright.
Ce qui frappe le plus dans ce grand livre comptable italien, c'est l'absence totale de prétention financière. Pas de levées de fonds stratosphériques ni de valorisation boursière délirante : juste une petite équipe payant son loyer d'bureau à 2 200 euros annuels et réglant religieusement ses commissions bancaires au centime près. C'est le charme irrésistible de cette époque pionnière où le militantisme technologique tenait autant du bricolage artisanal que de la résistance politique.
Aujourd'hui, alors que le moindre site web oscille entre traque publicitaire agressive et scripts JavaScript hypertrophiés, relire ces lignes procure une bouffée d'oxygène nostalgique. La page propose d'ailleurs de consulter la liste des donateurs de l'époque et détaille même les licences de ses scripts avec une transparence maniaque. Au final, ce bilan de 2004 nous rappelle qu'avant de devenir un enjeu géopolitique mondial, le logiciel libre fut d'abord l'affaire de quelques passionnés gérant leur petite comptabilité avec un boulier et une folle espérance.


