Quand le Projet Tor s'invite à RightsCon pour parler sécurité sans paniquer
Le forum du Projet Tor documente ses interventions à RightsCon Costa Rica en 2023, entre logiciels libres et calculs de coupures d'Internet. Une plongée studieuse dans l'agenda de militants qui prennent la cybersécurité très, très au sérieux.

Le mystérieux monde des oignons masqués ne passe pas tout son temps à fuir des services secrets imaginaires dans des ruelles sombres ; parfois, il s'assoit bien sagement en conférence internationale pour parler méthodologie. Le forum officiel du Projet Tor nous ouvre ainsi ses archives numériques en nous plongeant dans le programme de l'édition 2023 de RightsCon au Costa Rica. Loin des clichés de barbus encagoulés tapotant frénétiquement dans des caves obscures, on y découvre des plannings de sessions tout ce qu'il y a de plus institutionnels, avec powerpoints et modérateurs.
Au menu de ces réjouissances numériques, la résilience de la société civile grâce aux logiciels libres et open source (FLOSS) occupe une place de choix. Les intervenants s'interrogent benoîtement sur la manière d'aider les organisations du Sud global face aux cybermenaces, tout en jonglant avec des concepts aussi palpitants que la transparence et le développement communautaire. On applaudit l'effort pédagogique : expliquer à des militants comment échapper à la surveillance étatique tout en respectant les horaires de pause-café, c'est tout un art.
Mais le clou du spectacle reste sans doute la présentation du calculateur de pertes nettes de l'Internet Society, un outil fascinant conçu pour mesurer l'impact économique des coupures de réseau. Parce qu'après tout, rien ne vaut un tableur Excel bien ficelé pour quantifier le désespoir d'une population privée de réseaux sociaux. Les experts y discutent méthodologie avec une ferveur quasi religieuse, cherchant à transformer le chaos politique en graphiques présentables pour comités de direction.
Enfin, le forum aborde la dure réalité des chercheurs en sécurité indépendants en Amérique latine, parfois un brin criminalisés par des gouvernements manquant manifestement d'humour. Entre stratégies d'atténuation des risques et choix méthodologiques, ces échanges prouvent que la liberté sur Internet se gagne aussi à coup de débats juridiques pointus. C'est donc tout à fait sérieux, un brin aride, mais diablement rassurant de voir que les gardiens de l'oignon gèrent leur révolution avec des plannings d'experts-comptables.


