Quand trois amis faisaient jouer des intelligences artificielles au jeu de Go en 2007
Bien avant les victoires médiatiques des superordinateurs, une petite bande de passionnés codait déjà sa propre plateforme pour confronter des intelligences artificielles sur le plateau ancestral du Go. Une plongée nostalgique dans le bricolage algorithmique des années 2000.

Sur le réseau Tor comme ailleurs, les vestiges d'une époque où l'Internet tenait encore dans des projets faits maison réservent parfois de jolies surprises. Le site de Dan Ballard nous ramène directement en 2007, une période où faire s'affronter des intelligences artificielles sur le vénérable jeu de Go relevait moins de la révolution industrielle que du défi entre copains. Loin des fermes de serveurs actuelles et des milliards de dollars investis dans l'apprentissage profond, l'initiative est née de la volonté de trois amis bien décidés à animer leur propre tournoi de bots.
Pour mener à bien cette noble mission, les organisateurs ont dû concevoir de zéro un outil sur mesure : le Go GTP Server. Ce serveur, joliment qualifié de logiciel libre sous licence GPLv3, avait pour tâche essentielle d'écouter les connexions des différents programmes concurrents, de lancer des instances réseau adaptées et de générer automatiquement les résultats sous forme de pages Web. L'un des concepteurs mentionne même avoir développé sa propre IA, baptisée « fink » et écrite pour l'occasion en langage Lisp. Une belle démonstration d'acharnement programmatique.
Ce qui amuse aujourd'hui, c'est le contraste entre l'ambition monumentale du projet — simuler et organiser des joutes stratégiques complexes — et l'artisanat purement bénévole qui se cache derrière. Pas de start-up, pas de levée de fonds, juste quelques scripts PHP, une base de données MySQL et un dépôt Git pour immortaliser des lignes de code rédigées il y a près de vingt ans. Le site propose d'ailleurs de replonger dans les archives du wiki de l'époque pour admirer l'architecture technique de ce serveur de tournoi.
Le Courrier de l'Oignon salue cette charmante capsule temporelle qui rappelle qu'avant que l'intelligence artificielle ne devienne le sujet anxiogène de toutes les discussions, elle faisait surtout le bonheur de codeurs solitaires un brin obsessionnels. Un projet parfaitement inutile à l'échelle géopolitique, mais ô combien réjouissant à observer depuis notre rédaction.


