Quand un moteur de recherche privé devient victime de son propre succès
Un administrateur de serveur a voulu un moteur de recherche sans IA ni algorithme. Il se retrouve maintenant à gérer une PME officieuse de proxys payants.

L'histoire commence comme tant d'autres sur le réseau Tor, par une simple envie de confort personnel. Lassé des algorithmes envahissants et des journaux de connexion à rallonge, un développeur décide d'installer une instance de SearXNG sur son serveur. L'outil, ouvert et respectueux de la vie privée, est censé rester un gadget intime, un outil sur mesure pour interroger le web sans fioritures. Sauf que, dans les méandres cryptés d'Internet, la moindre initiative propre finit inévitablement par attirer la grande foule.
Le créateur raconte, avec une franchise désarmante, que la machine s'est emballée le jour où il a rendu son instance publique. Face à l'afflux massif de requêtes, les fournisseurs de recherche en amont ont rapidement tiqué, voyant d'un très mauvais œil cette concentration soudaine de trafic. Résultat : l'adresse IP du serveur s'est retrouvée bloquée. Pour continuer à faire semblant de chercher des choses sur le web sans être repéré, l'administrateur a donc dû se résigner à acheter des douzaines d'adresses IP de proxy.
C'est là que la petite installation locale se transforme en tragédie grecque version hébergement web. Les proxys ne sont pas gratuits, et le créateur, qui jure ne pas vouloir faire le moindre centime de bénéfice, se retrouve face à un choix cornélien : soit les utilisateurs passent à la caisse via des dons pour financer la facture mensuelle des proxys, soit le service redevient purement privé. Et pour motiver les donateurs les plus généreux, une contrepartie est proposée : un accès à une instance VIP, dotée de moteurs supplémentaires et d'un pool d'adresses IP exclusif pour des résultats encore plus rapides.
On admire la beauté du cercle vicieux numérique : plus le service prône l'anonymat et le refus des affaires, plus il finit par ressembler à une start-up de l'optimisation de trafic. Le Courrier de l'Oignon salue cette transparence administrative qui prouve qu'avant de sauver la vie privée du monde, il faut d'abord réussir à payer sa facture de proxys à la fin du mois.


