Quand un rarissime typhon de novembre s'invitait dans le Hong Kong de 1939
Plongée saisissante dans la presse hongkongaise de novembre 1939, entre menaces de typhon automnal et petites annonces d'époque. Une capsule temporelle aussi météorologique qu'anachronique.

Le Courrier de l'Oignon fouille parfois dans les greniers numériques les plus inattendus pour y dénicher des pépites d'un autre siècle. Cette fois, c'est une édition jaunie du vénérable « Hong Kong Telegraph », datée très précisément du 23 novembre 1939, qui a retenu toute notre attention. Alors que l'Europe s'enfonce dans les prémices de la tourmente, la colonie britannique retient quant à elle son souffle pour une raison nettement plus météorologique : un rarissime typhon s'apprête à s'abattre sur la région en plein mois de novembre, un phénomène que les archives locales qualifient elles-mêmes de totalement incongru.
Le journal nous apprend ainsi, non sans un certain sens du dramatique, que les écoliers ont été renvoyés sagement chez eux par mesure de précaution tandis que le signal numéro 8 venait d'être hissé par l'observatoire royal. Entre deux nouvelles internationales graves et le mouvement des troupes, la une de ce vénérable quotidien nous offre ce mélange de vie quotidienne et de forces de la nature déchaînées qui caractérise si bien les chroniques d'autrefois. Les services postaux aériens se retrouvent chamboulés, les petits bateaux se calfeutrent dans le port, et le lecteur moderne contemple avec un recul amusé cette agitation tropicale d'avant-guerre.
Mais que serait une bonne vieille page de journal sans sa page d'annonces classées pour parfaire le tableau ? Au milieu des soubresauts géopolitiques de l'époque, un heureux propriétaire proposait à la vente un rutilant coupé de luxe Chevrolet de 1939, équipé d'une fabuleuse installation radio et bénéficiant d'une licence valable jusqu'à l'été suivant. Point d'adresse ni de téléphone à composer ici, rassurez-vous : nous nous contentons d'admirer la splendide carrosserie textuelle que l'histoire a bien voulu nous léguer. Une magnifique leçon de détachement où l'on achète une berline rutilante pendant que le baromètre s'affole.


