Quand un serveur rackable sert de piédestal à des chats
Un étudiant en informatique déploie un serveur professionnel pour héberger des outils de protection de la vie privée... et le portrait de ses félins tyranniques. Une belle leçon de priorités numériques.

Dans les recoins obscurs et chiffrés du réseau Tor, on ne trouve pas seulement des conspirateurs louches ou des dissidents politiques. Parfois, on tombe sur le sanctuaire numérique d'un étudiant en informatique qui a décidé que le monde avait un besoin urgent d'accéder à des services alternatifs... et surtout, de savoir tout sur ses chats. Baptisé avec beaucoup de poésie Cat's Arch, ce site personnel est un petit miracle d'autohébergement qui oscille entre la haute voltige technique et la galerie féline de bas étage.
L'auteur des lieux, qui se fait appeler Butter Cat, raconte par le menu son ascension vers la gloire des sysadmins. Tout a commencé en 2018 avec un modeste Raspberry Pi 4 qui peinait à respirer, avant de muter en un véritable monstre de foire : un serveur HP ProLiant DL360p Gen8 monté dans un rack professionnel. À force de bricoler des instances de Redlib, Rimgo ou Mozhi pour fuir la lenteur du web clair, notre ingénieur en herbe a fini par tout basculer sur un VPS pour pallier la faiblesse de sa connexion domestique. Bref, une infrastructure digne d'une multinationale au service de la vie privée.
Mais que fait-on tourner sur une telle débauche de puissance de calcul ? Des outils de contournement, bien sûr, mais surtout une section entièrement consacrée aux véritables maîtres de la maison. On y apprend ainsi tout de Bella, la féline décédée mais visiblement experte en lacération de mollets, de Lacy et de sa passion pour les lapins en peluche baptisés « bébé », ou encore de Holly, une terreur vocale qui hurle à la mort dès qu'on oublie de l'admirer. Le contraste saisissant entre la rigueur technique des fichiers de configuration NGINX et les descriptionsattendries de boules de poils tyranniques offre un moment de fraîcheur inattendu.
Au final, ce site nous rappelle que sous les couches d'anonymat et les protocoles cryptographiques les plus complexes se cachent souvent des passionnés parfaitement inoffensifs, ravis de partager leur passion pour le matériel informatique et leurs animaux domestiques. À l'heure où Internet se standardise à grande vitesse, croiser un coin de toile aussi bizarrement intime a quelque chose de profondément réjouissant. Le Courrier de l'Oignon salue bien bas cette cathédrale de l'autohébergement félin.

