Quinze nuances de trépas avec Emily Dickinson en baladodiffusion
Quand la grande poésie macabre rencontre l'enthousiasme bénin de quinze lecteurs amateurs sur le réseau Tor. Une archive sonore qui célèbre la faucheuse avec un zèle réjouissant.

Au Courrier de l'Oignon, nous avons un faible coupable pour les rencontres fortuites entre le dix-neuvième siècle américain et l'art du podcast amateur. Nos pérégrinations sur le réseau de l'oignon nous ont menés vers une page d'archive fort vénérable qui héberge quinze lectures différentes du célèbre poème d'Emily Dickinson, « Because I Could Not Stop for Death ». Il faut avouer que l'idée de confier à des bénévoles anonymes le soin de discourir sur le trépas et les calèches funestes possède ce petit cachet délicieusement suranné que nous affectionnons tant.
La page détaille avec une précision toute bureaucratique les métadonnées de ce projet poétique hebdomadaire datant de mai 2013. On y apprend, pour les amateurs de trivia littéraire, que la poétesse n'avait publié qu'une poignée de vers de son vivant avant que sa sœur ne mette la main sur un coffre-fort rempli de manuscrits. Heureusement, Internet veille et l'on peut désormais télécharger l'intégralité des versions audio en formats multiples, du bon vieux MP3 jusqu'au fichier Ogg Vorbis pour les puristes du stockage décentralisé.
Le résultat est une expérience auditive pour le moins hypnotique où quinze voix différentes se relayent pour inviter la mort à monter en voiture. C'est tour à tour solennel, un brin appliqué, et furieusement anachronique. On s'imagine très bien écouter ces incantations mélancoliques un soir de pluie, bien au chaud derrière son pare-feu, en se demandant si la grande Faucheuse apprécierait autant de variations sur son compte.
Cette trouvaille nous rappelle que les recoins les plus inattendus d'Internet cachent parfois des monuments de culture désuète. Pas le moindre complot à l'horizon, juste de la poésie pure, dure et publique, offerte par des passionnés qui prenaient visiblement leur rôle de croque-morts littéraires très au sérieux. Une belle manière de réviser ses classiques entre deux requêtes chiffrées.


