Riseup : quand les militants veulent coder plus vite que leur ombre
Le collectif militant Riseup détaille ses chantiers numériques monumentaux pour chiffrer la planète. Une cathédrale de logiciels libres bâtie depuis 1999 sans grand plan marketing.

Sur le réseau Tor, il arrive parfois de tomber sur des projets informatiques qui prennent leur mission un tout petit peu trop au sérieux. La page de présentation des activités de Riseup ressemble à s'y méprendre à la liste des courses d'une armée de techno-guerriers pacifistes ayant décidé de réinventer l'intégralité d'Internet à la seule force de leurs claviers. Entre deux tasses de café équitable et trois lignes de code sous Debian, ces militants autoproclamés gèrent des infrastructures colossales destinées à protéger la correspondance des mouvements sociaux du monde entier.
Le document énumère avec une précision redoutable leurs grands axes d'intervention. On y apprend notamment que le collectif héberge plus de 14 000 listes de diffusion pour quatre millions d'abonnés, tout en maintenant des nœuds de sortie Tor haut débit pour que la NSA puisse contempler ses propres chaussures avec mélancolie. Le tout fonctionne sur des serveurs éparpillés aux quatre coins du globe, maintenus par des bénévoles qui n'ont manifestement pas vu la lumière du jour depuis le millénaire précédent. C'est le genre d'initiative où l'on se dit que le bénévolat peut parfois mener à des abîmes d'organisation frôlant la performance artistique.
Mais le véritable chef-d'œuvre de cette vitrine technologique réside dans leur amour immodéré pour le logiciel libre fait maison. Ils ne se contentent pas de louer des machines : ils développent leurs propres outils de collaboration, rédigent des manuels de survie numérique et s'investissent dans des projets comme Backupninja ou Crabgrass. On croirait presque entendre le doux bourdonnement de serveurs tournant à l'énergie pure et aux slogans anticapitalistes.
Au final, cette page nous rappelle qu'avant d'être un repaire de mystérieux hackers encapuchonnés, le web sombre héberge aussi des gens qui remplissent des formulaires de configuration Puppet avec la même ferveur mystique que d'autres construisent des cathédrales gothiques. C'est beau, c'est utile, et cela donne surtout envie de confier la gestion de sa boîte mail à des gens qui écrivent « Debian » avec une majuscule respectueuse.


