Serrez la main au danger : quand les films de sécurité deviennent cultes
Le Courrier de l'Oignon déterre un vieux film de prévention des années 1970 aussi angoissant qu'insolite. Entre accidents simulés et balade country, la sécurité au travail n'a jamais été aussi théâtrale.

Dans les méandres numériques accessibles depuis le réseau Tor, la célèbre plateforme Internet Archive regorge parfois de petites pépites rétro qui échappent aux radars de la modernité. Parmi les archives de la collection Prelinger se cache un monument du cinéma pédagogique des années 1970 intitulé « Shake Hands With Danger », produit par Centron Productions. L'œuvre, classée dans les rubriques de sécurité au travail, se distingue par une approche pour le moins percutante de la prévention sur les chantiers de construction.
Loin des diapositives soporifiques que l'on inflige aujourd'hui aux nouveaux embauchés, ce film de vingt-trois minutes mise sur le grand spectacle. La description officielle ne tarit pas d'éloges sur de « superbes accidents simulés », promettant même de quoi effrayer et surprendre les spectateurs les plus téméraires. Un avertissement de contenu prévient d'ailleurs que les images peuvent impressionner. Le clou du spectacle reste l'utilisation de cascadeurs professionnels pour recréer au plus près de la réalité le moment précis où un engin de terrassement finit par encastrer une maison, sous l'œil de caméras placées tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du bâtiment.
Mais le véritable génie de cette production réside dans son accompagnement musical. Le film s'offre en effet une chanson country interprétée par un sosie vocal de Johnny Cash, transformant une tragédie potentielle sur un chantier en une ballade mélancolique et rythmée. Entre les pelles mécaniques récalcitrantes, les câbles d'acier qui cèdent de manière dramatique et les reflets cuivrés d'une pellicule dont les couleurs ont légèrement vieilli, le spectateur moderne oscille entre fascination morbide et fou rire nostalgique.
Ce fossé temporel nous rappelle une époque où la pédagogie passait par l'esbroufe et le frisson visuel plutôt que par de tièdes chartes de bonne conduite. Aujourd'hui visionné par des milliers de curieux en quête d'artefacts d'un autre temps, ce document publicitaire démontre avec brio que le danger, lorsqu'il est mis en scène avec une telle démesure, frôle dangereusement le divertissement pur. Une leçon de choses à consommer avec un bon paquet de pop-corn.


