Telepad : le Ctrl+K de Telegram sorti de l’ombre
Un outil libre en Rust qui transforme Telegram en un navigateur de conversations instantané, au style Discord. Idéal pour les utilisateurs de i3 ou de claviers complexes, il évite de quitter son contexte pour changer de chat.

Imaginez que vous écrivez un article, que vous naviguez dans un terminal ou que vous regardez une vidéo — et que, sans quitter cette fenêtre, vous puissiez d’un geste appeler toutes vos conversations Telegram, comme si vous appuyiez sur Ctrl+K dans Discord. C’est exactement ce que propose telepad, un petit programme écrit en Rust par un développeur francophone anonymement appelé « antlis ».
L’outil s’installe discrètement sur des systèmes tournant sous i3 ou d’autres gestionnaires de fenêtres non graphiques. Il utilise rofi, ce menu de recherche en ligne de commande si populaire chez les power-users, pour afficher la liste de tous vos chats, groupes, canaux, sujets de forum et même vos conversations archivées. Il suffit de lier un raccourci clavier — disons Super+T — pour faire apparaître cette liste flottante, taper quelques lettres, et le fuzzy-search fait le reste : il trouve le chat correspondant, même avec des fautes de frappe.
Ce qui rend telepad particulièrement intéressant, c’est son support de plusieurs comptes Telegram. Contrairement à l’application officielle, qui vous force souvent à déconnecter un compte pour en connecter un autre, telepad synchronise tous vos comptes en parallèle via le protocole MTProto, en utilisant la bibliothèque grammers. Il peut même basculer automatiquement d’un compte à l’autre selon le contexte, bien que cette fonctionnalité ait nécessité un workaround technique : le développeur a dû remplacer les liens tg:// par des simulations de frappes clavier via xdotool, car l’ouverture de tels liens provoquait un plantage lors du changement de compte.
L’implémentation est sobre mais efficace. Le cœur du logique est une liste plate et indexée de toutes les conversations, actualisée en temps réel. La communication avec Telegram se fait par D-Bus, le protocole de communication inter-processus des environnements Linux, plutôt que par xdg-open, pour éviter de lancer une deuxième instance de l’application. C’est une attention technique qui montre à quel point l’auteur a voulu éviter les conflits de ressources.
Bien que le projet soit encore jeune — il date de 2026, selon la page — il présente des limites évidentes. Le développeur reconnaît lui-même qu’il faut encore ajouter le support de Wayland, le successeur de X11, ainsi que la compatibilité avec les gestionnaires de fenêtres autres que i3. Il vise aussi à fonctionner avec l’application Telegram Desktop standard, sans dépendances externes.
En somme, telepad est un bel exemple de ce que l’on peut faire avec très peu de lignes de code, à condition d’aimer les outils en ligne de commande, les raccourcis claviers et la personnalisation extrême de son environnement de travail. C’est un outil pour les gens qui considèrent pas leur terminal comme un outil, mais comme un cockpit.
Il n’est pas destiné au grand public. Mais pour ceux qui vivent dans un monde de fenêtres, de claviers et de flux continus d’information, il est probablement déjà indispensable.


