Telepad : le raccourci Ctrl+K de Telegram, sauvagement implémenté sur i3
Un développeur a créé telepad, un outil en Rust qui donne à Telegram un raccourci global de type Ctrl+K, via rofi et i3. L'outil gère plusieurs comptes, dossiers, archives et forums, mais dépend fortement de l'environnement X11 et d'AyuGram.

Anton L., développeur Linux passionné, a résolu un problème qui, pourtant, ne le dérangeait probablement pas au premier abord : Telegram Desktop n'a pas de raccourci "Ctrl+K". Pourtant, comme le note l'auteur, c'est un sentiment universel : avoir des centaines de conversations, de groupes, de canaux et de DM, et de devoir faire défiler, chercher, deviner, pour retrouver le bon fil. Discord, lui, a ce raccourci depuis des années. Alors, au lieu de plaindre l'absence, Anton a construit telepad.
Telepad, c'est un petit programme Rust qui utilise rofi — ce menu de sélection flottant si populaire sur les configurations i3/wm — pour afficher toutes les conversations Telegram. Il suffit d'appuyer sur une touche (par exemple, Super + g), de taper quelques lettres du nom d'un chat, et on y est. Le programme lit la liste des chats via grammers, un client Rust du protocole MTProto, et la met en cache. Le menu est instantané, multi-compte, et gère les dossiers, les archives, et même les sujets de forum (un sous-menu par forum). C'est un outil de précision, conçu pour un environnement spécifique : Linux, i3, X11, rofi, xdotool, et AyuGram (pas Telegram Desktop).
Le chemin de mise en œuvre n'a pas été sans embûches. L'auteur raconte, avec une candeur amusée, les péripéties techniques : ouvrir un chat via xdg-open provoque un conflit de processus, le lance un second Telegram qui écrase le premier. La solution ? Passer par D-Bus pour transmettre l'URL en cours d'exécution. Pire, le paramètre d'URL pour changer de compte (acc=N) provoque un crash silencieux sur les builds testées. Alors, il a fallu recourir à une méthode plus "brute" : simuler un appui de touche (Alt + 2) via xdotool, après avoir focusé la fenêtre avec i3-msg. C'est laid, c'est X11, mais ça marche. Sur Wayland, il faut un autre outil.
Telepad est un outil personnel, non destiné au grand public. Il est conçu pour un environnement spécifique, et l'auteur le reconnaît : "This is a personal tool shaped around my environment." Il est distribué sous licence MIT ou Apache-2.0, et peut être installé via cargo. Il nécessite une configuration manuelle, un compte API Telegram, et une adaptation de la config i3. Les instructions sont claires, mais le public est restreint : les utilisateurs de Linux, de i3, d'AyuGram, et de rofi.
L'intérêt de telepad est moins dans son existence que dans l'approche : il montre comment les utilisateurs avancés de Telegram, face à l'absence d'une fonctionnalité basique, ne se contentent pas de plaindre. Ils créent. Ils construisent. Ils adaptent. C'est une illustration parfaite de la culture du logiciel libre : pas de solution officielle ? On en fait une autre. Mieux. Plus rapide. Plus intégrée.
En fin de compte, telepad est un outil merveilleusement inutile — pour ceux qui n'utilisent pas i3, ou AyuGram, ou qui préfèrent la simplicité de la recherche intégrée. Mais pour ceux qui vivent dans cet écosystème, c'est une révolution. Un raccourci global, instantané, qui fait de Telegram un outil de navigation, pas de stockage. Et c'est là, peut-être, le vrai message : le logiciel libre ne copie pas les applications, il les améliore, les détourne, les repense. Même pour un simple raccourci.
L'auteur termine par une note d'honnêteté : c'est un prototype. Pas encore un outil universel. Mais une idée, bien menée, qui pourrait s'étendre. Un jour, peut-être, telepad ne dépendra plus de rofi, ni d'i3. Il sera autonome. Mais pour l'instant, il est là. Et il fonctionne. Et c'est déjà pas mal.

