Téléphone portable sous Linux et caviar d'aubergines : la grande cuisine du Tor Project
Quand compiler un outil de contournement de censure sur un smartphone sous Linux tourne au casse-tête diplomatique et culinaire. Un grand moment de solitude technologique.

Au Courrier de l'Oignon, nous saluons toujours les âmes courageuses qui décident que leur vie est un peu trop simple. C'est le cas de cet intrépide utilisateur retranché en Iran, bien décidé à faire tourner Tor sur un téléphone mobile propulsé par Alpine Linux, une distribution généralement réservée aux routeurs minimalistes et aux administrateurs système en quête d'ascèse. Face à l'absence de paquet tout prêt pour obfs4proxy, notre aventurier a dû retrousser ses manches et compiler la bête à la main. Un parcours du combattant qui, selon ses propres mots, nécessiterait idéalement de recevoir les fichiers « emballés dans un sac d'oignons sur une clé USB cachée dans une boîte de babaganush ». Voilà qui donne une toute autre saveur à la gastronomie réseau.
Mais le chemin de croix numérique ne s'arrête pas à la cuisine levantine. Pour compiler le fameux outil, renommé entre-temps lyrebird, notre homme réalise bien vite qu'il lui faut... un VPN pour télécharger les dépendances initiales. Le serpent se mord la queue, l'oignon pleure, et notre compilateur en herbe se retrouve à jongler entre des erreurs de proxy et des fichiers zip récalcitrants. Heureusement, la communauté veille au grain sur le forum officiel du projet Tor et fournit les instructions pour pointer vers le bon dépôt GitLab. Après quelques sueurs froides, le binaire finit par s'exécuter, non sans afficher un charmant avertissement rappelant qu'un tel outil refuse de fonctionner sans gestionnaire de transport.
C'est là que les choses sérieuses commencent. Entre des configurations de fichiers torrc un brin tâtons, des dossiers de données aux permissions ombrageuses et des connexions qui prennent dix minutes à s'initialiser avant de expirer poliment, le spectacle vaut son pesant de cacahuètes. Heureusement, un contributeur avisé finit par pointer le bout du nez pour suggérer l'ajout de ponts obfs4 bien sentis. À force de patience et de relectures de logs, la machine semble enfin comprendre ce qu'on attend d'elle. Comme quoi, avec un peu de bonne volonté, beaucoup de café et une configuration de SOCKS aux petits oignons, même le téléphone le plus récalcitrant finit par plier face à la censure.


