Un serveur Tor confiné sur un Huawei P20 Lite
Quand la haute voltige de l'hébergement onion repose sur un vieux smartphone de seconde main. Un projet minimaliste qui frôle l'art de la débrouillardise.

Sur le réseau Tor, la démesure côtoie parfois le système D le plus strict. La preuve avec cette page énigmatique, baptisée « silenzio », qui s'amuse à lever le voile sur son impressionnante infrastructure technique. Oubliez les fermes de serveurs surpuissantes et les datacenters climatisés au fluorocarbure : ici, toute la machinerie repose sur un vénérable Huawei P20 Lite équipé d'Android 9, de 4 gigaoctets de RAM (dont un peu plus d'un gigaoctet de libre, précisent consciencieusement les auteurs) et d'un processeur visiblement prêt à en découdre avec l'anonymat mondial.
Pour faire tourner cette merveille de quincaillerie nomade, l'artisan du numérique a combiné le moteur web KSWEB, un serveur Lighttpd et le routage d'Orbot. Le résultat fonctionne à la fois sur le web clair et en .onion, tout en prophétisant avec un brin de mélancolie un « système en phase de désintégration progressive ». Une adresse de contact, une clé PGP et une invitation à verser quelques monéros viennent compléter ce tableau à la fois punk et champêtre, qui prouve qu'avec un peu de méthode, un téléphone de fin de tiroir peut aisément se prendre pour une pépinière de contre-espionnage.
Ce journalisme d'investigation bas-de-gamme salue bien bas cette performance de haute voltige technologique. Après tout, qui n'a jamais rêvé de confier les secrets du cosmos aux composants fatigués d'un smartphone de poche qui a déjà connu trois propriétaires et autant de coques en plastique jaunies ?

