Un site personnel trop sérieux, ou l'art de cacher un kill switch dans son blog
Michael Altfield, ingénieur logiciel et défenseur de la vie privée, expose sa biographie, ses projets open source et ses services de consulting en sécurité. Son site, disponible via Tor, est un exemple de transparence numérique assumée, mêlant vie professionnelle, militantisme et projets techniques.

Michael Altfield n'est pas un héros de film, mais un homme qui a construit un câble USB capable de détruire les données de son ordinateur s'il est volé. Son site personnel, accessible via le réseau Tor, ressemble d'abord à un CV géant : biographie, photos, projets, blog, et même un lien vers son clé publique. Rien d'illégal, rien d'illégitime. Juste un homme qui a fait de la sécurité une religion.
Son projet phare, BusKill, est un câble USB qui, lorsqu'il est débranché brusquement, déclenche un script de destruction des données. Il l'a inventé en 2020, et les médias internationaux ont parlé de son "dead man's switch". Pourtant, il ne vend pas ce câble. Il le partage en open source. C'est là le paradoxe : un outil de destruction, conçu pour protéger, diffusé librement.
Le site est également un manifeste : il propose des formations en sécurité opérationnelle, des consultations en modélisation de menaces, et des services de stockage sécurisé. Mais aucune pression, aucune publicité agressive. Juste une présentation factuelle, presque académique, de ce qu'il fait. Même son blog technique traite de Linux, de privacy, de cyclisme et de durabilité. Un mélange étonnamment cohérent.
Dans un monde où la vie privée est marchandisée, Altfield la défend avec une rigueur quasi militaire. Son site est une vitrine de l'anonymat assumé : pas de tracker, pas de publicité, pas de coordonnées faciles. Juste un onion address, un clé GPG, et la conviction que la sécurité commence par la transparence de ses propres outils. Un site inoffensif, utile, et légèrement obsédé par la menace.


