Chronique d'un blog cybernétique nostalgique qui attendait ses hover-bikes
Entre nostalgie des BBS des années 1980 et désillusion face au futur sans hover-bikes, un blog personnel cultive l'art du contre-temps numérique avec panache.
Le Courrier de l'Oignon a parfois besoin de replonger dans les archives intimes du réseau pour y dénicher des perles de résistance technologique. C'est chose faite avec S-Config, un blog personnel qui semble tout droit sorti d'une faille temporelle où l'an 2020 devait rimer avec jungle de béton, hover-bikes et épées laser. Au lieu de cela, l'auteur constate avec un flegme réjouissant que nous avons simplement hérité d'une dystopie un brin décevante, mais fort heureusement compensée par le plaisir de rédiger des articles de blog.
Loin des algorithmes surchauffés des réseaux modernes, ce site assume pleinement une esthétique rétro et un sens aigu de la débrouille. On y apprend par exemple le remplacement de la vénérable police bitstream vera mono par une typographie tout droit sortie de l'univers des BBS des années 1980, gracieuseté d'un contributeur rencontré sur Mastodon. L'objectif avoué ? Retrouver ce délicieux parfum de terminal d'époque alors que le calendrier affiche déjà des années bien plus avancées. C'est du grand art, du sur-mesure pour les amateurs de pixels qui sentent bon la naphtaline numérique.
La section FAQ et conditions d'utilisation, quant à elle, vaut son pesant d'oignons. L'auteur y explique avec une franchise désarmante pourquoi il héberge son propre espace : pour garder le contrôle de ses données, tout simplement. Pas question ici de céder aux sirènes des plateformes standardisées qui peuvent vous couper le sifflet du jour au lendemain. Entre deux coups de gueule contre les tracasseries administratives et la bêtise institutionnelle, le site rappelle sagement que le Web d'antan, fait de bric et de broc mais solidement ancré dans l'indépendance, a encore de beaux jours devant lui.
Alors, certes, on n'y croise toujours pas de véhicules volants ni de chevaliers Jedi urbains, mais on y trouve de l'autodérision, des liens vers des web-rings d'un autre âge et un attachement viscéral à la liberté de publier. Le Courrier de l'Oignon salue bien bas ces irréductibles du HTML qui persistent à faire vivre l'esprit des premiers jours d'Internet, un octet après l'autre.


