Chronique d'un vieux sage qui n'avait même pas mis un orteil sur Facebook
Depuis son îlot de résistance numérique, un blogueur observe avec un détachement amusé la grande comédie des excuses post-scandale des géants du Web. Une critique piquante et nostalgique d'une époque où refuser les réseaux sociaux valait une réputation d'extra-terrestre.

Au « Courrier de l'Oignon », nous aimons les gens qui ont eu tort trop tôt, ou raison bien trop tard. Notre trouvaille du jour nous plonge dans un long manifeste textuel, tout droit sorti d'un blog qui refuse obstinément de danser sous la pluie des algorithmes. L'auteur y contemple avec un scepticisme réjouissant les larmes de crocodile versées par les anciens dirigeants de plateformes après chaque fuite géante de données. Pour lui, nulle surprise ni indignation soudaine : la machine à profils n'a fait que ce pour quoi elle a été conçue, et les repentirs télévisés ne changeront rien au confort douillet des sportives garées sur le parking des sièges sociaux.
Le texte égratigne au passage cette injonction moderne à la transparence absolue, qui transforme la moindre maladresse de jeunesse en drame existentiel irréversible pendant que les vrais malfaiteurs continuent de rire en cachette. L'argument fait mouche : exiger de tout le monde qu'il étale sa vie pour prouver sa bonne foi n'a jamais rendu la société plus honnête, cela a juste fourni un catalogue géant aux curieux et aux harceleurs. Et pour ceux qui s'imaginent révolutionner le modèle en migrant vers des plateformes d'écriture centralisées où l'on récolte de petits applaudissements payants, notre blogueur rappelle avec un sarcasme bien senti qu'échanger un mastodonte contre un autre ne fait pas de vous un irréductible gaulois.
Le plus savoureux demeure ce regard en arrière sur les années où refuser de créer un profil social vous valait immédiatement le regard vide et inquisiteur des collègues ou des amis, persuadés que vous étiez un spécimen fraîchement débarqué de la zone 51. Aujourd'hui, alors que tout le monde cherche la sortie en toussant dans la poussière des hashtags de résistance, les irréductibles solitaires qui n'avaient même pas ouvert un compte en 2012 découvrent avec un sourire en coin qu'ils étaient simplement, et sans le savoir, très largement en avance sur la mode.


