The Horror of it all : cinquante ans de frissons mis sous verre par Wombat Productions
En 1983, Wombat Productions réunissait clips rares, photos et témoignages pour raconter un demi-siècle de cinéma d'horreur, de Nosferatu aux films gore. Jose Ferrer narrait. Internet Archive a gardé la copie.

En 1983, alors que les multiplexes commençaient à s'enorgueillir de leurs sièges inclinables et de leur moquette synthétique, une maison de production nommée Wombat Productions livrait à la postérité un documentaire de cinquante-neuf minutes sobrement intitulé The Horror of it all. L'objet, désormais hébergé sur Internet Archive, se propose de chroniquer un demi-siècle de production horrifique mondiale — de Nosferatu le vampire de 1922 jusqu'aux « spatter movies » des années quatre-vingt, périphrase délicate pour désigner le cinéma gore de l'époque. Le tout est narré par Jose Ferrer, comédien à l'oscar avéré (Cyrano de Bergerac, 1950), ce qui conférait au projet une respectabilité académique dont les images de monstres en carton-pâte avaient bien besoin.
Le documentaire s'appuie sur des extraits rares de films muets et sonorisés : Le Cabinet du docteur Caligari, Le Golem, la version Barrymore de Dr. Jekyll and Mr. Hyde, Metropolis, et bien sûr le Nosferatu de Murnau dont le comte Orlok reste, malgré un siècle d'inflation en matière de monstres, le seul personnage capable de rendre l'insomnie sympathique. Ces archives filmiques constituent à elles seules un argument solide pour l'existence du document, et justifient amplement les cinquante-neuf minutes demandées au spectateur.
À ces extraits s'ajoutent des entretiens avec des acteurs de l'époque dont John Carradine, figure incontournable des productions de série B hollywoodiennes et père d'une dynastie d'acteurs dont la discographie horrifique mériterait son propre documentaire. On y apprend notamment que vers la fin des années trente, les monstres traditionnels commençaient à peiner sérieusement : trop vus, trop copiés, ils perdaient de leur superbe au profit d'un humour involontaire. Universal Pictures avait beau multiplier les séquelles de Frankenstein et de la Momie, le public commençait à ricaner là où il était censé frissonner, ce qui représente une forme d'échec artistique assez difficile à récupérer.
Le documentaire est présenté comme un outil pédagogique destiné aux lycéens, vraisemblablement dans le cadre de cours d'anglais ou de théâtre selon un commentateur de l'époque. C'est là une ambition modeste mais honnête : expliquer à des adolescents de 1983 pourquoi leurs grands-parents tremblaient devant des ombres en celluloïd. La vocation éducative explique aussi le ton mesuré de la narration, qui s'abstient de toute surenchère et traite le genre horrifique avec le sérieux réservé habituellement aux documentaires sur la Seconde Guerre mondiale, ce qui est à la fois un compliment et un aveu.
La durée totale annoncée est de cinquante-neuf minutes cinquante et une secondes, ce qui représente un engagement temporel non négligeable pour un documentaire sur des films dont la plupart durent moins longtemps. L'archive est classée dans la collection des films éducatifs (Educational Films) et des éphémères d'Internet Archive, double catégorie qui dit beaucoup sur le statut de ces productions : trop sérieuses pour être de simples curiosités, trop modestes pour intégrer les panthéons du cinéma documentaire. La mise en ligne date de 2015, soit trente-deux ans après la production, délai raisonnable pour qu'un objet culturel migrate de la cassette VHS à la bibliothèque numérique mondiale.
Ce qui rend l'archive particulièrement précieuse aujourd'hui, c'est précisément ce qu'elle était incapable de savoir en 1983 : que les cinquante années qu'elle couvrait allaient être suivies d'encore cinquante autres, avec leurs propres monstres, leurs propres révolutions du genre et leurs propres tentatives désespérées de terroriser des spectateurs de plus en plus difficiles à surprendre. Le documentaire se terminait sur les « spatter movies » comme sur un horizon indépassable. On connaît la suite.
L'objet est accessible librement sur Internet Archive au format numérique, en couleur et avec son, ce qui achève de rendre l'expérience anachroniquement confortable pour visionner des films d'horreur vieux de plusieurs décennies. Aucun titre pour l'instant ne précise si Jose Ferrer avait lui-même peur du noir, mais sa voix posée dans le commentaire suggère que non.


