Deux cents niveaux de poulet construits sans une ligne de JavaScript
Sur Tor, un développeur obstiné a conçu un jeu de poulet en HTML pur, sans une seule ligne de JavaScript. Deux cents niveaux répartis en vingt mondes — de la prairie bucolique à la planète extraterrestre — attendent le joueur assez patient pour les traverser un à un.

Il existe, dans les profondeurs du réseau Tor, une catégorie de créateurs qui refusent catégoriquement de se soumettre à la marche du temps. Ce ne sont pas des révolutionnaires au sens classique du terme. Ils n'ont pas de manifeste politique, pas de programme économique alternatif, pas d'organisation secrète revendicatrice. Ils ont simplement décidé, à un moment de leur existence numérique, que JavaScript était une concession inutile à la modernité, et ils ont écrit du HTML pur. Tous nos respects.
Le projet en question présente, sans fanfare particulière, deux cents niveaux d'un jeu mettant en scène un poulet. Vingt mondes distincts, deux cents niveaux, zéro ligne de JavaScript. L'équation est aussi simple que l'exécution est apparemment vertigineuse. Le joueur qui s'y aventure se retrouve face à une progression structurée en étapes dont les thèmes ont été soigneusement variés pour éviter toute monotonie aviaire.
Car le concepteur ne fait effectivement pas les choses à moitié côté décoration. La prairie bucolique accueille le joueur au début de sa quête, comme il se doit. Mais la suite réserve des surprises : un monde aux teintes synthwave pour les amateurs de néons et de basses synthétiques, un cimetière hanté pour ceux qui estiment que la volaille virtuelle gagne à côtoyer le macabre, et une planète extraterrestre pour les explorateurs convaincus que le gallinacé méritait un destin intergalactique. Vingt mondes, vingt ambiances, un seul poulet.
Ce qui confère à cette trouvaille son charme particulier, c'est l'obstination que suppose sa conception. Construire deux cents niveaux en HTML statique n'est pas une décision que l'on prend par accident. C'est un engagement envers une certaine idée de ce que peut être un jeu, réduit à son essence la plus stricte, sans la moindre couche de technologie superflue. C'est un peu comme construire une cathédrale avec des cure-dents : théoriquement possible, pratiquement déconcertant, admirablement inutile.
L'autre aspect remarquable, c'est la pureté de la proposition. Le jeu est là. On joue ou on ne joue pas. La volaille avance ou elle n'avance pas. Il n'y a rien d'autre que le jeu lui-même, sans destination précise, sans promesse d'un quelconque prolongement. Le réseau Tor offre un cadre idéal pour ce genre d'objets épurés : un accès direct, une adresse sans nom, une expérience qui commence et finit sur elle-même.
On peut, bien sûr, se demander à qui s'adresse ce projet. Les puristes du Web statique y verront un hommage assumé à une certaine idée de la simplicité. Les développeurs frustrés par la complexité croissante des frameworks modernes y trouveront un manifeste silencieux. Les autres — ceux qui arrivent là sans antécédents particuliers — y trouveront peut-être simplement un jeu de poulet à deux cents niveaux. Et il faut bien l'admettre : deux cents niveaux de poulet, c'est plus qu'il n'en faut pour justifier une visite. Ce qui est, en soi, une raison amplement suffisante pour cliquer.
Il reste un mystère que le Courrier de l'Oignon n'est pas en mesure de résoudre : y a-t-il réellement quelqu'un qui a terminé les deux cents niveaux ? Qui a guidé ce volatile anonyme depuis la prairie jusqu'à la planète extraterrestre, en passant par le cimetière hanté et le monde synthwave, niveau après niveau, clic après clic, sans le secours d'un seul script ? Si cette personne existe quelque part, elle mérite notre admiration la plus sincère, et peut-être une légère inquiétude affectueuse à son égard.

