Quand des intelligences artificielles de 2008 s'affrontent sur un plateau de Go
Plongée nostalgique dans un tournoi de jeu de Go robotique datant de 2008, où des lignes de code un brin surannées se disputent des victoires à coups de dixièmes de seconde.

Le Courrier de l'Oignon a parfois les joies simples et aime fouiller dans les greniers numériques poussiéreux. Cette semaine, notre curiosité nous a menés vers une archive fort réjouissante : un tableau de scores des grands crus informatiques de l'année 2008. Point de LLM mégalomane ici, mais une compétition acharnée entre intelligences artificielles spécialisées dans le vénérable jeu de Go. Des noms évocateurs comme AmiGoGtp, fink, Fitor, GAL9000 ou le redoutable RandomBot s'y disputent la suprématie sur le grid, sous l'égide de Mindstab AI.
À une époque où AlphaGo n'était encore qu'une lointaine divinité du futur, ces vaillants programmes alignaient les parties avec une cadence chronométrée au dixième de seconde près. Le tableau consigne méthodiquement les moyennes de scores et l'historique des matchs, avec des victoires tantôt écrasantes, tantôt disputées à quelques points près. On s'imagine presque le ventilateur du serveur souffler vaillamment dans un coin sombre pendant que GAL9000 tente de comprendre la complexité d'un fuseki face à son digne adversaire AmiGoGtp.
Ce genre de trouvaille nous rappelle avec tendresse que l'archéologie du Web ne se limite pas aux grands sites historiques, mais se niche aussi dans ces pages de résultats de tournois locaux laissées intactes. C'est l'histoire modeste mais attachante de lignes de code qui, un soir d'août 2008, jouaient leur partition sans se douter qu'elles finiraient un jour scrutées par des journalistes amateurs d'oignons. Une belle tranche de vie algorithmique d'un autre millénaire numérique.
Alors que les technologies ont depuis lors évolué vers des sommets abyssalement complexes, contempler ces statistiques d'un autre âge procure un repos bienvenu. Pas de promesse de révolution quantique ici, juste des bots qui s'échangent des pierres virtuelles avec l'application studieuse d'élèves de primaire. Le Courrier de l'Oignon salue bien bas ces pionniers pixelisés qui, entre deux erreurs de calcul, continuent de faire vivre la mémoire des serveurs oubliés.

