Duels au pistolet, chats lâchés et valez aux 147 pantalons dans le Hongkong de 1938
Le Courrier de l'Oignon fouille dans les archives coloniales de 1938 pour y dénicher du thé, des duels théâtraux et de la pure laine. Accrochez vos ceintures, le journalisme d'antan décoiffe.

En ce premier octobre 1938, alors que l'Europe regarde anxieusement vers la Tchécoslovaquie, le lecteur du « Hong Kong Telegraph » a visiblement besoin de se détendre. Entre deux dépêches géopolitiques anxiogènes, le quotidien colonial nous livre un spectacle formidable : la biographie mouvementée du dramaturge Bernstein, véritable soap-opera parisien importé directement sous les tropiques. L'homme, dont le valet se vantait qu'il possédât très exactement 147 paires de pantalons, connut la gloire, la vindicte nationaliste, puis l'apothéose du duel au sabre et au pistolet chargé à blanc. C'est le genre d'anecdote historique qui nous rappelle que les soirées de première à Paris manquaient parfois cruellement de calme.
Mais le journal ne se contente pas de flamber avec les dandys parisiens. Les pages intérieures regorgent de cette poésie prosaïque propre aux journaux d'autrefois, où l'on apprend entre deux lignes que de courageux citoyens s'interrogent sur les masques à gaz tout en buvant un thé bien mérité. La chronique locale se mêle aux soubresauts du monde avec un flegme tout britannique, malgré la proximité géographique et textuelle des bruits de bottes européens. On y croise aussi des marins américains décorés pour bravoure et des considérations philosophiques dignes de Samuel Pepys.
Enfin, impossible de passer à côté de la véritable pépite de cette édition : le grand déballage de tissus et de nouveautés venues tout droit de Londres et de Paris. Les annonces nous vantent des coupons de pure laine vierge à prix d'ami et des gants de chevreau irrésistibles, parfaits pour affronter la brise automnale hongkongaise. C'est donc tout un monde englouti qui surgit de ces quelques colonnes jaunies, prouvant une fois de plus que l'actualité brûlante n'empêche jamais le commerce de la fripe et les drames de bas étage de continuer.
Au final, cette plongée dans le passé lointain nous offre un délicieux vertige éditorial. Entre les soucis d'approvisionnement en masques à gaz, les duels au premier degré et les réclames pour des manteaux en angora rouge ou bleu Saxe, la vie continuait son cours avec un panache certain. Le Courrier de l'Oignon salue bien bas ces archives intactes qui sentent bon l'encre séchée et le papier journal d'une autre époque.


